Fausto Melotti : Il Bucintoro, 1967


 Il Bucintoro, 1967

Il Bucintoro, 1967

Une sculpture magnifique de Fausto Melotti, ce grand artiste italien de la deuxième moitié du 20e siècle. Conçue en 1967, elle est originale et surprenante dans sa forme, pratiquement dématérialisée, son corps juché sur de hautes tiges, avec son matériau relativement inusité, le cuivre, son abstraction, mais dont certains éléments sont reconnaissables, l’ensemble tenant du registre de la transposition. L’œuvre a un titre, qui peut donner une indication pour la comprendre : Il Bucintoro (Le Bucentaure), qui renvoie à la pompe des doges de Venise.

L’œuvre se présente comme un triptyque disposé dans l’espace au moyen de perches nanties d’un pied transversal. Son corps central est un parallélépipède rectangle horizontal ajouré, sorte de cage dans laquelle se trouvent des lamelles plus ou moins carrées suspendues aux structures. Cette partie surmontée d’un croissant est encadrée à gauche d’un mât au sommet duquel sont attachées trois lamelles allongées horizontales et à droite d’une cage verticale surmontée à chacun de ses angles de motifs en forme de croissant où ont été placées des boules suspendues au moyen de chaînettes. Rien qui ressemble à une sculpture classique dans cette œuvre sans volume faite de tiges graciles, d’éléments cliquetants et de formes hésitantes, rien qui la rattache à une quelconque réalité, si ce n’est peut-être l’évocation de bannières flottant dans le vent à gauche, au centre la présence de plaquettes en grand nombre symbolisant les dessins de la coque dorée et à droite celle d’un château réduit à leur plus simple expression.

Tout le vocabulaire formel utilisé par Melotti vient de la transposition du réel, l’artiste suggérant ici avec ce dispositif l’image d’un bateau avec sa coque, ses oriflammes et son château arrière. Mais le plus important tient dans le voyage poétique, imaginaire qu’il fait accomplir dans des formes qui appellent la comparaison avec le monde de Paul Klee.

Fausto Melotti( 1901-1986) vient de loin, de l’association Abstraction et Carré créée à Paris dans les années 1930 par Vantongerloo et Herbin à laquelle il participe depuis l’Italie. Il vient de l’époque mussolinienne pendant laquelle il pratique une sculpture figurative allégorique à la façon de l’antique. Il vient après la guerre du compagnonnage avec Lucio Fontana, qui lui fait pratiquer la céramique. Il trouve sa voie et définit son style dans les années 1950; marqué de loin par la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico qui reste encore à cette époque un modèle, et par la sculpture intimiste d’Arturo Martini qui lui fait préférer la terre cuite. Ensuite pour les années 1960, c’est le Picasso des sculptures en fil de fer (Construction, 1928) et les œuvres surréalistes de Giacometti tel que Le Palais à 4h du matin de 1932 qui l’orientent vers ce que sera la dernière partie de son œuvre. Il cherche des matériaux nouveaux y compris les plus modestes comme du carton, des bouts de tissu usagé, des morceaux de grillage déformé qu’il rehausse parfois de couleurs, il utilise des formes telles que étagères, portiques, chariots, pics, boules, fils, tiges. L’ensemble donne une production variée, inimitable, personnelle, tenant du théâtre et de l’abstraction, du prosaïque et de l’allégorie, de la narration et de l’ellipse, qui s’exprime sous la forme d’une écriture dans l’espace, fragile et déterminée, précise et incertaine, emplie de poésie visuelle. Il Bucintoro (Le Bucentaure) en est une démonstration merveilleuse.

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