“Colères de Montres” d’Arman, vers 1983


Arman a été dans les années 60 l’un des principaux acteurs du groupe des Nouveaux réalistes et l’un des plus connus, aux côtés de César et Tinguely. Arman a surtout été l’un des plus grands artistes français de son époque, auteur de nombreuses œuvres magistrales, tant dans la justesse et la profondeur de leur propos que dans leur parfaite mise en œuvre.

Exceptionnel ensemble de "Colères de montres" d'Arman
Exceptionnel ensemble de “Colères de montres” d’Arman

L’art d’Arman se caractérise par son emploi de l’objet réel, choisi comme représentation de la société contemporaine, voire comme partie du monde dans son entier. Neuf ou usager, il lui apporte un traitement particulier en le présentant tel quel, arrangé ou transformé, dans des dispositions fondées la plupart du temps sur l’accumulation et le trop plein.
Ce goût pour l’objet manifesté dans ses tableaux, ses reliefs, ses sculptures en ronde bosse, y compris ses réalisations monumentales, se retrouve dans les bijoux qu’il a réalisés en 19xx à la demande de xxx, dont un choix est présenté ici par Artcurial. Il s’agit de pendentifs : certains montrent des rubans entrelacés et soulignés de diamants, comprimés dans une forme rectangulaire allongée ou carrée.

ARMAN (1928-2005),  COLERE DE MONTRE, vers 1983
ARMAN (1928-2005), COLERE DE MONTRE, vers 1983

D’autres se présentent comme des médaillons de forme ronde ou carrée à l’intérieur desquels se trouve une montre qui a été détruite : tous ses éléments, le cadran, le mécanisme, les aiguilles, le couvercle ont été démontés, découpés, brisés, écrasés, les débris recueillis étant présentés à plat dans une boite qui constitue le médaillon. On pense aux œuvres réalisées par Arman dans les années 60 telles que Arrêt du temps (1963), un réveil-matin coupé, écrasé et disposé sur un support ou encore à White Orchid, de la même année, la carcasse d’un cabriolet de sport de couleur blanche, écrasée et aplatie, présentée telle quelle à la verticale sur un support. Avec ses bijoux, Arman est resté fidèle à l’un de ses thèmes de prédilection, l’objet, la montre en l’occurrence, auquel il a fait subir les mêmes transformations, les mêmes violences qu’aux instruments de musique, meubles et ustensiles courants constituant l’un des grands ensembles qui, avec les « Accumulations », parcourt son œuvre, celui des « Colères ». Ce titre explicite illustre bien la démarche de l’artiste, tout à la fois constat et réaction devant la société.
Arman, comme César, mais aussi comme de nombreux artistes du XXè siècle et contemporains, Pol Bury, François Morellet, Niki de Saint-Phalle, la référence absolue dans ce domaine étant bien entendu celle de Calder, a su trouver exactement la forme et la technique en rapport avec son art correspondant au genre bien particulier du bijou. Comme l’ont montré à présent plusieurs expositions dans les musées, le bijou d’artiste, à l’origine souvent exécuté pour des proches et pour des occasions particulières, est aujourd’hui devenu un genre reconnu, mis en valeur et spécialement apprécié en raison de son originalité, de sa rareté et surtout de ses formes tellement inventives et poétiques. Ce dont témoignent les pendentifs d’Arman qui seront vendus, à Monte-Carlo, dans la vente d’Importants Bijoux des 26 et 27 juillet prochains.


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