Chandigarh project II - Le Corbusier et Pierre Jeanneret


Chandigarh : un nom qui évoque tout de suite l’architecture moderne pour les spécialistes comme pour le public et qui a tout de l’épopée par son ampleur, sa durée, le pays où elle s’est déroulée et le prestige de ses protagonistes. Chandigarh est en effet cette ville construite aux Indes par Le Corbusier au début de la deuxième moitié du XXe siècle qui a été l’un des grands chantiers de l’architecture contemporaine avec l’édification, à la même époque, de la nouvelle capitale du Brésil, Brasilia, par Lucio Costa et Oscar Niemeyer. Chandigarh est la capitale de L’Etat du Pendjab, fondée en 1947 et pour laquelle le chef du gouvernement indien, le Pandit Nehru, fit lui-même appel en 1951 à Le Corbusier pour sa construction. Cette commande est intervenue à un moment très particulier de la carrière de Le Corbusier, alors qu’il n’avait été sollicité par aucune autorité pour s’occuper, après la deuxième guerre mondiale, des chantiers de la reconstruction en France et qu’il venait d’être écarté du projet de construction du siège de l’ONU à New York.

Maquette de la "Tour des Ombres"la "Tour des Ombres", Chandigarh

Le Corbusier va pleinement s’impliquer en Inde en signant le plan d’urbanisme de Chandigarh et les principaux bâtiments officiels entre 1951 et 1964 et en intervenant dans une autre ville du Pendjab, Ahmedabad, où il réalise plusieurs édifices très importants, le siège de l’Assocation des filateurs, l’un de ses chefs d’oeuvre, deux habitations particulières exceptionnelles, la maison Sarrabhai et la villa Shodan ainsi que le musée municipal. Mais Chandigarh sera son grand oeuvre, parce que, partant de rien, il a voulu tout créer dans une même vision unificatrice, mettant en rapport quartiers et édifices entre eux dans le schéma d’urbanisme où il applique sa règle des « 7 V » destinée à organiser les différents modes de circulation. Il collabore avec plusieurs architectes, dont son cousin Pierre Jeanneret, avec qui il s’associe de nouveau pour l’occasion, ainsi que des architectes indiens et de nombreux praticiens et exécutants comme Giani Rattan Singh. Il réalise lui-même les quatre grands édifices officiels sur la place du Capitole : le Palais de l’Assemblée, le Palais de justice  (Haute-Cour), le Secrétariat avec ses 250m de longueur et le Palais du Gouverneur, plus quelques autres bâtiments symboliques, comme la Tour des ombres, ou encore le Monument à la main ouverte.

"La main", matrice en teck pour l'impression du Béton, 1956

Avec ce gigantesque programme, il apporte la preuve de sa maîtrise des formes quand il s’exprime à l’échelle monumentale sans tomber dans l’emphase. Il confirme son exceptionnelle faculté à créer des espaces en pleine harmonie et montre sa parfaite assurance dans la conduite de la lumière à l’extérieur comme à l’intérieur des édifices. Il compte parmi ses chefs d’oeuvre avec ceux qu’il construit en France et aux Etats Unis: la chapelle de Ronchamp, le couvent de la Tourette à Eveux près de Lyon, le Carpenter Center for the Visual Arts à Boston , mais plus encore parce qu’ils sont mis en rapport dans un plan d’ensemble et qu’ils se trouvent en correspondance.

 Le Corbusier, détail d'un plan de bâtiment de Chandigarh

Le Corbusier sait affirmer le principal sans négliger le secondaire : tout est vu , tout est appréhendé, tout est dessiné. C’est ce que montrent les éléments qui font partie de cette vente, des bornes d’éclairage en béton aux plaques de regard de canalisation en fonte où se trouve représenté en relief le plan de Chandigarh. On trouve également utilisé son répertoire de formes, dans lequel figure le réverbère d’intérieur qu’il a disposé auparavant dans la Cité radieusede Marseille. On voit comment et avec quel soin du détail, grâce à ses cartons, il a dessiné la suite des tapisseries pour le Palais de justice. On découvre enfin comment sont faits les empreintes en creux et les graffitis dont il a parsemé ses édifices avec les moules et les matrices en bois sculpté qui ont servi à imprimer ces signes et ces images dans le béton frais. Ils ont été exécutés d’après les dessins de Le Corbusier par Giani Rattan Singh, qui avait le même rôle là-bas que Joseph Savina ici.

 

De nombreux meubles et objets de Pierre Jeanneret, qui ont été créés pour différents lieux de la ville nouvelle, comme cette table avec luminaire provenant de la bibliothèque de l’université du Pendjab, montrent l’attention portée par ces architectes au moindre détail dans l’unité du style et avec toute la sobriété qui le caractérise. Chandigarh est vraiment le témoignage de l’expression d’un idéal incarné dans la vie.

 

Vente Chandigarh Project II - Le Corbusier, Pierre Jeanneret

Mardi 16 février 2009 à 20h


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