Animal’z d’Enki Bilal


Enki Bilal « Animal’z », Exposition du 8 juillet au 10 septembre 2009

L’album Animal’z qui vient de paraître témoigne d’une évolution considérable dans la production d’Enki Bilal : l’histoire même, la forme narrative adoptée, le dessin, les personnages et le décor confèrent à cet ouvrage un style totalement original qui le met à part dans le monde de la bande dessinée.
L’une de ses particularités est d’être faite de dessins indépendants, c’est-à-dire travaillés chacun sur une feuille de papier et non  élaborés en fonction de la planche, c’est-à-dire case par case sur la même feuille. L’autre particularité consiste à avoir choisi un papier teinté bleu-gris et d’avoir utilisé pour le dessin uniquement les crayons noir, blanc et rouge. L’ouvrage se trouve donc sans couleur, jouant uniquement sur les valeurs.
Enki BilalLe dessin retenu ici montre une tête en gros plan. Le personnage masculin représenté correspond au canon  élaboré par Enki Bilal, fait de réalisme et de stylisation. Il est vu en légère contre-plongée et pris dans un cadrage cinématographique. La figure et le décor très esquissé sont dessinés au crayon noir pour faire venir les formes et obtenir le modelé des volumes sur le papier teinté. Des rehauts de crayon blanc mettent les yeux en valeur et apportent des lumières sur certaines parties du visage,le nez, les pommettes et les lèvres. Quelques rehauts de crayon rouge soulignent les yeux et animent la barbe et les cheveux. Tout en étant le produit d’un pur dessin, cette feuille par sa technique se montre plus picturale que graphique.
En utilisant ces moyens, qui donnent son style à l’ensemble de l’ouvrage, Enki Bilal reprend à son compte la technique de la grisaille largement utilisée dans  l’histoire de l’art depuis le Moyen Age tant en peinture que dans le dessin. C’est évidemment au peintre de l’Impératrice Joséphine que l’on pense, Pierre-Paul Prud’hon, qui a fait de l’emploi du papier teinté la marque de ses dessins : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime, le dessin du Louvre pour son célèbre tableau de 1808, montre bien cette utilisation particulière de la pierre noire pour faire surgir du fond sombre les masses et marquer les volumes, que les rehauts de craie blanche viennent illuminer. D’autre part les exemples sont nombreux dans la peinture d’utilisation de la grisaille, c’est-à-dire d’œuvres faites  de noir et de blanc mélangés pour obtenir différents gris, comme le montrent déjà les miniatures du Moyen Age et certains revers de polyptiques au XVe siècle. De l’Autoportrait de Fouquet à Rubens, puis à Boucher des trompe-l’œil de Boilly à Picasso et jusqu’à Jasper Johns et Andy Warhol, les exemples de grisaille sont nombreux et toujours fascinants, que l’on songe à la version de l’Odalisque en grisaille d’Ingres, conservée au Metropolitan Museum de New York. Quelle lignée pour Enki Bilal.


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