Magritte, La Joconde, 1967


René Magritte (1898-1967)<br />La Joconde - Mona Lisa, 1967<br />Bronze à patine médaille Edition à 7 exemplaires, 5 numérotés de 1/5 à 5/5, 1 exemplaire EA et celui-ci, non numéroté, exemplaire personnel d'Alexandre Iolas) 248 x 177 x 99,50 cm Estimation :1 500 000-2 000 000 €

René Magritte (1898-1967)
La Joconde - Mona Lisa, 1967
Bronze à patine médaille Edition à 7 exemplaires, 5 numérotés de 1/5 à 5/5, 1 exemplaire EA et celui-ci, non numéroté, exemplaire personnel d'Alexandre Iolas)
248 x 177 x 99,50 cm
Estimation :1 500 000-2 000 000 €

René Magritte est un peintre surréaliste et l’un des grands artistes du 20e siècle. Dans ses tableaux, il s’est intéressé au volume, à la représentation de l’espace, il a joué de la notion de la profondeur. Il ne s’est jamais aventuré dans le domaine de la sculpture. Tout au plus a-t-il confectionné quelques « ready-made » et peint deux ou trois objets, une bouteille ou un masque en plâtre, avec des motifs sans rapport avec leur support, pour en changer la nature et en transformer le sens. En 1966, Magritte a exécuté quelques dessins en vue de leur réalisation en volume. Leurs sujets s’inspirent tous de ses tableaux antérieurs tels que Le thérapeute, qui représente un homme assis habillé d’une cape et d’un chapeau et dont le buste est remplacé par une cage à oiseau ; La folie des grandeurs montre une statue antique sans tête ni membres, décomposée en morceaux de taille différente qui sont ensuite emboités les uns dans les autres. Ces sculptures dont les dimensions ont été déterminées par l’artiste, sont au nombre de 8, éditées à 5 exemplaires, plus un exemplaire d’artiste (EA) et un exemplaire hors commerce (HC). L’artiste a pu voir les modèles en cire en vraie grandeur à la fonderie Giebesse à Vérone et faire effectuer quelques modifications, mais il devait décéder peu de temps après, sans avoir vu les fontes exécutées. Ces œuvres s’intitulent avec celles déjà nommées plus haut : Les travaux d’Alexandre, Le puits de vérité, Madame Récamier, Les grâces naturelles, La race blanche et celle qui est présentée ici par Artcurial, La Joconde. Comme à l’accoutumée, le titre de l’œuvre ne correspond en rien au sujet représenté : il s’agit ici de trois rideaux tombants, retenus par leur embrasse, ouvrant sur le vide, accompagnés d’un grelot, le tout reposant sur un socle. À l’origine de la sculpture, un tableau de 1960, La Joconde (Collection privée) représentant les mêmes motifs et quelques collages plus tardifs. Le thème des rideaux, ceux de l’intérieur de la maison qui sont aussi ceux d’une scène de théâtre, est présent dès le début dans l’art de Magritte avec le tableau La condition humaine I de 1933 (The National Gallery of Art, Washington, DC, USA) par exemple et jusqu’à la fin dans Le soir qui tombe de 1964 (The Menil Collection, Houston). Le thème du grelot est aussi récurrent depuis La voix des vents de 1928 (Collection privée), où trois grelots sont situés dans le ciel tels des soucoupes volantes, jusqu’à La mémoire de 1948 (Collection de l’Etat Belge, Bruxelles), tableau dans lequel le grelot est associé à un moulage de tête antique à la tempe éclaboussée de sang. Il n’y a bien entendu pas de rapport entre les rideaux et le grelot, Magritte appliquant à la lettre ici comme dans tout son œuvre , la définition de Lautréamont : « Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection ». L’échelle, le volume, l’espace ajoutent à l’étrange et au dérangement, lesquels ne sont pas perçus de la même manière quand il s’agit d’un tableau peint et forcément plat. La sculpture atteint la hauteur de 2, 48m, cette dimension étant choisie pour que les rideaux soient de taille réelle : des rideaux d’ameublement, grandeur nature, en bronze ! En conséquence, le grelot qui n’est pas à son échelle se trouve disproportionné : l’objet est devenu monstrueux. En choisissant un tel parti, Magritte a bien misé sur le sentiment d’étrange et d’absurdité que l’œuvre devait dégager. Mais il a pris un grand soin à concevoir sa composition dans l’espace, de façon statique et dans une vision frontale, en disposant le sens de chacun des rideaux, leur hauteur et leur position, ainsi que la place du grelot à gauche et au premier plan.

Par son échelle et son sujet, La Joconde est loin d’être une sculpture d’ornement. Elle s’affirme comme une véritable œuvre « surréaliste ».

 

 

Vente Impressioniste & Moderne, le 6 juin 2016

 

 


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