Millares


Manolo Millares a été l’un des grands artistes de la scène espagnole de la deuxième moitié du 20e siècle. Ses œuvres célébrées en dehors de son pays, à l’époque sous la dictature de Franco, ont été vues en Europe comme aux Etats-Unis et considérées à l’égal de celles d’Antoní Tapies avec lesquelles elles partagent beaucoup de points communs, en particulier le goût pour les matières lourdes, empâtées, lacérées, triturées, on pourrait même dire torturées. L’art de Millares est à la fois abstrait-il ne représente rien- et expressionniste par ses découpures, enroulements, ligatures, projections, coulures avec lesquelles il traite les matériaux et la peinture elle-même.

La lacération comme geste pictural vient de Lucio Fontana dont l’influence se montre ici une fois de plus déterminante, tandis que les matériaux frustes, sacs en toile de jute usagée, serpillères, vieux tissus, et les éléments grossièrement raboutés évoquent, mais ici dans la violence, l’art du grand artiste italien Alberto Burri tandis que les recouvrements de peinture et les coulures participent de la même démarche que celle d’Arnulf Rainer dans ses Über Malungen. On se trouve ici au centre de la création artistique européenne de 1960.

Manolo Millares opère une synthèse entre les préceptes de l’action painting, la charge de l’expressionnisme, la trituration des matériaux et l’esthétique provenant de l’utilisation des matériaux pauvres et de récupération. Le résultat parfaitement original est d’une très grande force plastique, comme le montre le tableau Cuadro 189 de 1961. L’œuvre au sens physique, matériel, c’est ici le tableau, le cadre. C’est à l’intérieur de celui-ci que se passe l’action, à la fois préparée, improvisée et soigneusement maîtrisée.

Aujourd’hui, Manolo Millares est enfin reconnu dans son pays et ses œuvres très recherchées.

 

Vente Post-War & Contemporain le 1 juin 2015

 


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