Aurélie Nemours, Iltifliaa


Aurélie Nemours, Iltifliaa

Aurélie Nemours (1910-2005)
Iltifliaa I, II, III, 1960
Huile sur toile (triptyque)
120 x 180 cm

Aurélie Nemours a été l’un des plus grands peintres français de l’art abstrait de la seconde moitié du 20e siècle. Dès 1952, après s’être dégagée des leçons d’André Lhote et d’Auguste Herbin, elle trouve son langage constitué de formes géométriques simples, de quelques aplats de couleur et de lignes orthogonales qui apportent à ses composi-tions leur structure en grille régulière et ordonnée. En même temps, elle désigne son propos : le rythme. A cette époque, tout en poursuivant un œuvre exigeant de poète, Aurélie Nemours se manifeste au Salon des Réalités nouvelles. On la voit dans des galeries à Paris, notamment en 1953 chez Colette Allendy qui exposera François Morellet comme Yves Klein et où son travail est présenté par Michel Seuphor, à l’étranger à Londres, un peu plus tard dans les années 1970 en Italie et en Allemagne. Elle trouve rapidement un petit cercle d’amateurs qui collectionnent sa production avec ferveur. Les expositions dans les plus grands musées se succèderont dans les années 1980 et dans la décennie qui suivra en France et dans toute l’Europe, jusqu’à la rétrospective que le Centre Georges Pompidou organisera de l’ensemble de son œuvre en 2004, peu de temps avant sa disparition l’année suivante à l’âge de 95 ans.

Son œuvre est fait de séquences, de périodes, de séries qui s’étendent parfois sur plusieurs années, qui s’enchaînent ou peuvent se chevaucher et dont les deux plus remarquables dans les années 1970 et 80 sont intitulées Structure du silence et Rythme du millimètre, pour lesquelles elle a privilégié l’usage exclusif du noir et blanc, retenu un nombre très restreint de formes et de combinaisons agencées de façon savante et mis l’accent sur les structures et les rythmes dans le plan. Beaucoup de ses tableaux sont à placer au rang des chefs d’œuvre de l’art abstrait géométrique aux côtés de ceux d’Ad Reinhard, John Mc Laughlin ou encore Agnes Martin.

C’est le cas de cette peinture dont le titre est Iltifliaa, un nom forgé pour l’occasion, exécutée en 1960 et qui appartient à une série que l’artiste a intitulée « Partage ». Elle se présente sous la forme d’un triptyque, peint à l’huile sur toile et dont chaque panneau mesure 1, 20 m x 0, 60 m. Les couleurs sont posées en aplat, les bords nets : en Amérique, on parlerait de « hard edge ». Le centre est clair, les côtés sombres, noirs à gauche, bleu nuit à droite. Chaque panneau est occupé par deux formes, un carré dans la partie supérieure, un rectangle allongé vertical dans la moitié inférieure. Les carrés placés au milieu de la largeur sont clairs, blancs et rouges sur les côtés, jaunes au centre. Les rectangles sont foncés, bleu nuit sur le noir, noir sur le blanc et le bleu nuit, mais sont de largeur et de longueur inégales et déportés par rapport à l’axe vertical et à la base. L’ensemble repose ici sur la position des éléments les uns par rapport aux autres et par rapport au champ du tableau qu’il structure, sur le contraste des lumières et sur le mouvement qui est engendré par ce dispositif, vertical et en décalage vers la droite. Le tout est réuni pour exprimer le rythme au moyen de scansions : sombre – clair - sombre, point - tiret, brève - longue, que représentent les directions, les écarts et les proportions des éléments entre eux.
On retiendra de plus la présentation particulière de l’œuvre en triptyque ce qui est rare chez l’artiste. On connaît son Triptyque bleu de 1955, dans une collection particulière, tandis qu’Aurélie Nemours a souvent privilégié le diptyque pour mieux jouer du contraste binaire, des formes inversées et du rapport entre le positif et le négatif. Ce magnifique tableau a été montré en 1961 à Londres aux Drian Galleries à l’occasion de sa première exposition personnelle à l’étranger. Il a été acquis à ce moment par un collectionneur et conservé par sa descendance jusqu’à aujourd’hui. Il sera inclus dans le catalogue raisonné d’Aurélie Nemours que prépare Evelyne de Montaudoüin, qui paraîtra en 2015 aux Editions Skira par les soins de la Fondation Nemours abritée par l’Institut de France.

 

Vente Post-War & Contemporain le 2 décembre 2014

 


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