Nicolas de Staël : “Nu couché”, 1954


Nicolas de Staël, de Staël, Staël : l’un des noms les plus fameux aujourd’hui dans le milieu de l’art. Nicolas de Staël est en effet un peintre apprécié du public comme des amateurs et des collectionneurs, dont les œuvres sont exposées partout dans le monde et figurent dans les plus prestigieux musées internationaux.

Nicolas de Staël, Nu couché, 1954

Nicolas de Staël, Nu couché, 1954

Sa célébrité lui est cependant conférée surtout par ses œuvres figuratives, dont quelques-unes sont en quelque sorte passées dans le domaine public, tant elles sont reconnaissables au premier regard. A rebours de la plupart des peintres du XXe siècle ayant évolué dans la peinture figurative à l’abstraction, Nicolas de Staël a parcouru le chemin inverse : il est passé de l’art abstrait, appris au contact de Magnelli et de Domela et où il excellait, à la peinture figurative à partir de 1952, notamment après avoir assisté en mars de cette année à un match de football en nocturne au Parc des Princes, dont il voulut retranscrire dans ses tableaux le spectacle.

Nicolas de Staël, Nu couché (détail), 1954

Nicolas de Staël, Nu couché (détail), 1954

Nicolas de Staël, Nu couché (détail), 1954

Nicolas de Staël, Nu couché (détail), 1954

La série des Footballeurs, précédée de quelques paysages et natures mortes exécutés quelques semaines plus tôt, a constitué le début de la nouvelle manière que Nicolas de Staël devait conserver jusqu’à sa fin tragique en 1955, où figurent les ensembles exceptionnels, et aujourd’hui tellement connus, des paysages de Sicile, des musiciens de jazz, des vues de port avec des bateaux, des natures mortes composées de bouteilles dans un coin d’atelier ou encore de mouettes en vol dans un ciel gris. Peu de personnages, aucune figure, quelques nus, dont celui-ci. L’un de ses chefs-d’œuvre.

Le tableau Nu couché date de 1954. Il a été exécuté à Ménerbes en Provence, où Nicolas de Staël s’était établi. Il montre une figure féminine, la chevelure noire, nue, couchée, les bras posés sur la poitrine, la jambe droite repliée, qui est vue en plongée, dans un format horizontal très prononcé. Le tableau est de grandes dimensions, mesurant 97 cm de haut pour 1,46 m de large. Il est parfaitement caractéristique des œuvres de cette période, celle des deux dernières années de sa vie, par sa composition, sa structure, son espace, ses couleurs, sa facture et naturellement son recours au sujet, où réside en fait toute l’originalité de Nicolas de Staël et toute sa force.

Si la composition est classique, le point de vue traditionnel, la représentation n’est en revanche ni l’une ni l’autre. Nicolas de Staël recompose les formes, simplifie les contours, élimine les détails, change les couleurs, ramène le motif dans le plan, joue de la frontalité. Il met des éléments colorés et hauts en pâte en relation pour créer des rythmes, dégager de l’énergie, imposer des chocs et des enchaînements, sans jamais décrire le sujet.

De la peinture figurative certes, mais surtout l’affirmation d’une structure et des couleurs dans le plan, un jeu entre des blocs morcelés et des grands aplats. A quoi s’ajoute cette facture si affirmée, faite de matière posée au couteau, voire à la truelle, et qui paraît justement maçonnée, avec ses couches successives où se voient dans les interstices toutes les couleurs qui ont servi à la construction de l’ouvrage. L’harmonie colorée n’appartient qu’à lui, composée de violets et de rouge, complétée de quelques touches de bleu et de jaune, avec une rudesse dans les accords qui renforce la puissance des rythmes. Un chef d’œuvre d’expression picturale, auquel il faut ajouter une provenance authentique et prestigieuse.

“Nu couché”, 1954 de Nicolas de Staël sera vendu le 6 décembre 2011 à 20 heures.



“Colères de Montres” d’Arman, vers 1983


Arman a été dans les années 60 l’un des principaux acteurs du groupe des Nouveaux réalistes et l’un des plus connus, aux côtés de César et Tinguely. Arman a surtout été l’un des plus grands artistes français de son époque, auteur de nombreuses œuvres magistrales, tant dans la justesse et la profondeur de leur propos que dans leur parfaite mise en œuvre.

Exceptionnel ensemble de "Colères de montres" d'Arman
Exceptionnel ensemble de “Colères de montres” d’Arman

L’art d’Arman se caractérise par son emploi de l’objet réel, choisi comme représentation de la société contemporaine, voire comme partie du monde dans son entier. Neuf ou usager, il lui apporte un traitement particulier en le présentant tel quel, arrangé ou transformé, dans des dispositions fondées la plupart du temps sur l’accumulation et le trop plein.
Ce goût pour l’objet manifesté dans ses tableaux, ses reliefs, ses sculptures en ronde bosse, y compris ses réalisations monumentales, se retrouve dans les bijoux qu’il a réalisés en 19xx à la demande de xxx, dont un choix est présenté ici par Artcurial. Il s’agit de pendentifs : certains montrent des rubans entrelacés et soulignés de diamants, comprimés dans une forme rectangulaire allongée ou carrée.

ARMAN (1928-2005),  COLERE DE MONTRE, vers 1983
ARMAN (1928-2005), COLERE DE MONTRE, vers 1983

D’autres se présentent comme des médaillons de forme ronde ou carrée à l’intérieur desquels se trouve une montre qui a été détruite : tous ses éléments, le cadran, le mécanisme, les aiguilles, le couvercle ont été démontés, découpés, brisés, écrasés, les débris recueillis étant présentés à plat dans une boite qui constitue le médaillon. On pense aux œuvres réalisées par Arman dans les années 60 telles que Arrêt du temps (1963), un réveil-matin coupé, écrasé et disposé sur un support ou encore à White Orchid, de la même année, la carcasse d’un cabriolet de sport de couleur blanche, écrasée et aplatie, présentée telle quelle à la verticale sur un support. Avec ses bijoux, Arman est resté fidèle à l’un de ses thèmes de prédilection, l’objet, la montre en l’occurrence, auquel il a fait subir les mêmes transformations, les mêmes violences qu’aux instruments de musique, meubles et ustensiles courants constituant l’un des grands ensembles qui, avec les « Accumulations », parcourt son œuvre, celui des « Colères ». Ce titre explicite illustre bien la démarche de l’artiste, tout à la fois constat et réaction devant la société.
Arman, comme César, mais aussi comme de nombreux artistes du XXè siècle et contemporains, Pol Bury, François Morellet, Niki de Saint-Phalle, la référence absolue dans ce domaine étant bien entendu celle de Calder, a su trouver exactement la forme et la technique en rapport avec son art correspondant au genre bien particulier du bijou. Comme l’ont montré à présent plusieurs expositions dans les musées, le bijou d’artiste, à l’origine souvent exécuté pour des proches et pour des occasions particulières, est aujourd’hui devenu un genre reconnu, mis en valeur et spécialement apprécié en raison de son originalité, de sa rareté et surtout de ses formes tellement inventives et poétiques. Ce dont témoignent les pendentifs d’Arman qui seront vendus, à Monte-Carlo, dans la vente d’Importants Bijoux des 26 et 27 juillet prochains.



Michel Seuphor, “Calme et capricieux”, 1972


Lors de la vente d’art contemporain du 30 mai prochain, sera proposé un important ensemble d’oeuvres sur papier de Michel Seuphor (1901-1999). Michel Seuphor est surtout connu comme ami de Piet Mondrian qu’il a fréquenté assidument à Paris dans les années 20 du siècle passé et sur lequel il a publié en 1956 une monographie qui fut la première sur l’artiste.

Michel Seuphor, "Calme et capricieux", 1972

Michel Seuphor, "Calme et capricieux", 1972

Il a été un critique d’art très actif et influent et l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art abstrait au XXe siècle. On sait moins aujourd’hui qu’il s’est aussi consacré, de façon suivie  et avec un  engagement total,  à la pratique artistique, en réalisant du début des années 50 à sa disparition en 1999 un nombre important d’œuvres toutes marquées d’une grande originalité tant dans leur forme et leur fond que dans leur technique. Un exemple en est donné par la composition Calme et capricieux, un grand dessin à l’encre de Chine sur papier. Michel Seuphor a en effet exclusivement pratiqué cette technique : il a commencé l’exercice du dessin à la fin des années 40 de façon occasionnelle, en travaillant le trait, en utilisant des lignes continues, à l’exclusion de toute hachure et en rejetant le modelé pour se forger sa manière qui deviendra le « dessin à lacunes ». Le principe consiste à couvrir la surface de lignes horizontales parallèles toujours de la même épaisseur en jouant sur leur espacement. Selon la densité de ces lignes, le résultat peut suggérer des effets de profondeur ou de mouvement, de clair obscur ou exprimer un plan. Des  formes géométriques en réserve, lignes droites, courbes, barres, cercles, rectangles, carrés, triangles ou de contour plus indéterminé, sont en même temps installées, qui restent toujours situées dans le plan. L’image vient du contraste entre le fond et ces formes d’une grande variété et de la complexité plus ou moins grande avec laquelle elles sont arrangées. Le trait est dessiné à main levée avec une grande régularité au moyen d’une plume-palette (une plume avec réservoir d’encre), l’artiste travaillant à l’horizontale sur sa table et s’aidant d’un guide. Ici se distinguent en réserve des éléments en forme de crochet distribués en cascade par rapport à un axe vertical et accompagnés de part et d’autre de deux disques disposés en contre-point. Les stries horizontales plus ou moins serrées font alterner des registres parallèles clairs ou foncés, qui sont nuancés de couleurs rouge et jaune, celles-ci provenant de morceaux de papier coloré collés.  La composition joue sur les contrastes entre les formes et le rapport de celles-ci avec le fond dont elles se détachent. Le titre, Calme et capricieux, traduit bien l’inspiration de l’artiste, plus proche d’esprit de Jean Arp et de Sophie Taueber-Arp que de Mondrian. Avec des moyens simples, une technique limitée, Michel Seuphor a su créer un univers peuplé de formes poétiques qui témoignent de la sensibilité de sa vision.
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Carmelo Arden Quin, Points et lignes, 1950


Un tableau original dont la composition faite de lignes et de points tracés avec précision, se développe sur un plan au contour irrégulier. Il date de 1950. Il est l’œuvre de l’un des peintres les plus originaux, les plus actifs du XXe siècle : Carmelo Arden Quin, né en 1913 en Uruguay, décédé près de Paris en 2010, au terme d’une carrière artistique de plus de 75 années.

Carmelo Arden-Quin (1913-2010) Lignes et points, 1950 Estimation : 30 000-40 000 €

Carmelo Arden-Quin (1913-2010)
Lignes et points, 1950
Huile sur panneau de bois peint
Signé, titré, daté et situé au dos Arden Quin, A, Lignes et points, 1950, Paris
54,5 x 43,5 cm
Estimation : 30 000-40 000 €

Carmelo Arden Quin a été le chef de file du mouvement Madí qu’il a créé en 1946 avec quelques autres artistes argentins, après qu’il eut été très marqué par l’œuvre de Joaquín Torres-García et dans une parfaite connaissance de tout le mouvement abstrait qui s’était manifesté en Europe depuis 1939. Actif à Buenos Aires, mais cherchant la reconnaissance internationale, Carmelo Arden Quin expose à Paris au Salon des Réalités Nouvelles à partir de 1949 et s’installe en France qu’il ne quittera plus. Dans un langage abstrait, il expérimente toutes sortes de formes, utilise des matériaux variés et travaille principalement sur le rythme et sur l’espace. Le châssis découpé, le tableau en forme sont les éléments qui caractérisent en premier son style.

C’est ce que montre ce magnifique tableau d’une des plus belles périodes de l’artiste, la période blanche, où ayant retenu la leçon des tableaux de Vantongerloo et des reliefs de Arp blancs et laqués, il se lance dans d’infinies et subtiles variations tant sur la forme découpée susceptible de se montrer plus active sur le mur et dans l’espace que sur les contrastes de formes, ici des lignes et des points disposés dans un réseau. Carmelo Arden Quin est aujourd’hui considéré comme l’un des plus importants artistes du monde latino-américain.

Vente Art contemporain le 22 mars 2011



Constantin Brancusi, Le Baiser (Colonne), 1933-1935


Le Baiser (Colonne) est une œuvre exemplaire de l’art de Constantin Brancusi, l’un des plus grands sculpteurs du XXe Siècle, roumain ayant toujours vécu à Paris où il s’était installé en 1904. Déjà sorti de l’influence de Rodin dont il avait été à ses débuts l’un des praticiens, il exécute en 1907-1908 sur le thème du baiser une sculpture qui représente un couple enlacé dans un volume parallélépipédique en stylisant toutes les formes et tous les traits, les têtes, les yeux, les bouches, les cheveux, les bras et les autre parties du corps, le résultat se réclamant à la fois du primitivisme et du symbolisme tout en annonçant l’abstraction.

Constantin Brancusi, Le Baiser (Colonne), 1933-1935

Constantin Brancusi, Le Baiser (Colonne), 1933-1935

C’est ce motif bien connu et dont il a donné plusieurs versions qui se trouve ici employé dans cette œuvre datée de 1933-1935,  provenant de la succession Istrati- Dumitresco, les artistes roumains ayant fait partie de l’entourage direct du sculpteur dans la dernière période de sa vie et dont ils ont été les légataires universels.

L’œuvre se compose de quatre parties faisant alterner les formes et les matériaux, le plâtre et la pierre, qui sont superposées de façon à créer différents étages : de bas en haut, un cube en pierre foncée aux arêtes arrondies, évidé et ouvert sur ses quatre côtés, formant la base ; une meule circulaire en plâtre, formant un plateau ; un volume de forme cubique en pierre taillé avec des facettes dont la coupe est en queue d’aronde ; le motif du Baiser, en plâtre un parallélépipède rectangle dressé en hauteur. Cet empilement est tout à fait caractéristique du travail de Constantin Brancusi, qui composait ses œuvres à partir d’éléments existant dans l’atelier, un peu à la façon de Rodin utilisant ses « abattis ».

Auguste Rodin dans son atelier devant quelques uns des "abattis". vers 1902

Auguste Rodin dans son atelier devant quelques uns des "abattis". vers 1902

Brancusi a aussi été l’un des sculpteurs du XXe siècle le plus attentif à la question du socle dans son art, posée dès les premières versions du Nouveau-né et de la Muse endormie.  Il a fait en quelque sorte disparaître le socle en tant que partie hétérogène à l’œuvre même en lui donnant autant d’importance qu’au motif principal : c’est ce que montre cette version du Baiser, tout en hauteur avec l’assemblage de ses éléments en colonne, avec l’alternance rythmique de ses différentes formes. Une œuvre exceptionnelle, née de l’atelier et d’une provenance magnifique.

Pour consulter le catalogue de la vente du Fonds Constantin Brancusi, provenant de la Collection Istrati- Dumitresco , du 30 novembre 2010, cliquez ici.



Aurélie NEMOURS (1910-2005), Sans Titre, 1971


Voici un tableau très original, qui retient l’attention par la simplicité de ses formes et le rayonnement lumineux qu’elles dégagent : il a été peint en 1971 par Aurelie Nemours, l’une des plus grandes artistes françaises de la deuxième moitié du XXe siècle, très appréciée des artistes, des collectionneurs, et dont l’œuvre a été couronné d’une exposition rétrospective au Centre Pompidou en 2004. Il s’agit d’une peinture abstraite, de format carré, composée d’une grille orthogonale délimitant 64 carrés égaux, peints de trois groupes de couleur disposés en registres horizontaux : des couleurs claires, opposées, le rose et le bleu pâle en haut, une bande mince, foncée, comportant deux nuances de rouge, des couleurs sombres pour le bas, sur la moitié de la surface, faisant alterner des bleus et des violets. La disposition de ces registres inégaux, le rythme créé par les divisions, d’abord dans l’horizontale en majeur, puis à la verticale en mineur, le contraste entre les sombres et les clairs, le rapport des couleurs entre elles donnent toute son intensité à cette peinture, ici de petit format (22 x 22 cm), comme l’affectionnait Aurelie Nemours.

Aurélie NEMOURS (1910-2005) SANS TITRE, 1971

Aurélie NEMOURS (1910-2005) SANS TITRE, 1971



Nicolaas Warb (1906-1957)


La vente d’art contemporain du 5 juillet prochain (cliquez ici pour consulter le catalogue) propose nottament un intéressant ensemble de 16 oeuvres de Nicolaas Warb.
Position des formes dans l’espace, jeu sur les obliques, rapport entre les lignes et les plans, limitation du nombre de couleurs, composition fondée sur le contrepoint, il s’agit d’un témoignage exemplaire de l’art abstrait des années 50 en Europe et spécialement à Paris : cette peinture à la gouache sur papier est l’ouvre d’une artiste peintre hollandaise qui résidait dans la capitale française, Sophie Warburg, connue sous le pseudonyme de Nicolaas Warb (1906-1957).
Nicolaas Warb, Composition

Nicolaas Warb, Composition

Elle avait fait ses études dans son pays, puis dans les académies de Montparnasse. Sa rencontre avec Georges Vantongerloo en 1939 à Paris a été décisive et décida de son orientation vers l’abstraction géométrique. Elle se confirme à la libération. Nicolaas Warb participe en 1946 à la fondation du Salon des Réalités nouvelles où elle exposera régulièrement. Dans l’entourage de Félix Del Marle, elle peint des tableaux qui témoignent à la fois de l’héritage de Piet Mondrian et de celui d’Auguste Herbin, mais où la recherche du mouvement se montre primordiale. Elle se consacre aussi à l’installation des formes et des couleurs dans l’espace, en réalisant des constructions facilement transposables en projet d’architecture, comme le pratiquent aussi à la même époque Joost Baljeu aux Pays-Bas, Félix Del Marle à Paris à la suite de Georges Vantongerloo et de Jean Gorin. Pour ces raisons, Nicolaas Warb participera au Groupe Espace fondé en 1951 par Del Marle afin de promouvoir la synthèse des arts. A ces préoccupations, Nicolaas Warb ajoutait des considérations mystiques, recherchant par l’art, au moyen de la contemplation, l’harmonie et la paix intérieure. Elle a ainsi été l’un des peintres abstraits les plus conséquents et originaux à Paris dans les années 50.



Carl Andre, “Belgica Blue Field”, 1989


Le catalogue de la vente d’art contemporain du 31 mai prochain présente nottament une très belle collection d’art minimal, intitulée par ses “créateurs”, “Le projet minimal”. Parmi la trentaine d’oeuvres qui constituent cette collection, Belgica Blue Field de Carl Andre.

Carl Andre est l’un des chefs de file, avec Robert Morris, Dan Flavin, Donald Judd, Sol LeWitt, du minimal art américain. Il est surtout l’un des plus grands sculpteurs du XXe siècle : son œuvre relève de l’abstraction et reste fondée sur le matériau, se présente comme révolutionnaire dans son aspect et se situe dans la tradition la plus immémoriale, usant du matériau pour lui-même, le bois, la pierre, le métal et privilégiant exclusivement les directions de la verticalité et de l’horizontalité. Il est notamment le créateur qui a réintroduit l’horizontalité comme donnée essentielle de la sculpture : c’est ce que montre ici cette oeuvre magistrale de 1989, Belgica Blue Field, en tous points exemplaire de son travail.

Carl Andre, "Belgica Blue Field", 1989

La pièce est constituée de 50 blocs de pierre cubiques de 15 cm de côté, découpés de façon industrielle dans de la pierre de Tournai : ces cubes sont disposés au sol à intervalle régulier de 50cm. Installé, l’ensemble couvre un champ rectangulaire de 6 m de long sur 2,75 m de large, faisant alterner les pleins et les vides. L’œuvre est tout entière contenue dans ce dispositif et dans sa matérialité. Elle montre la répétition d’un même module, avec son espace propre et le rythme régulier qui s’en dégage. Elle se situe uniquement dans l’affirmation de son parti horizontal et de l’expérience physique, spatiale et temporelle qui s’en dégage.

Après ses sculptures en bois debout qui affirmaient leur parti vertical par référence au pieu, au poteau, au totem, Carl Andre a retrouvé l’espace du sol, tellement utilisé dans l’architecture de tous les temps ainsi que dans les pierres tombales. Ce parti lui a permis de dégager cette présence que l’œuvre, Belgica Blue Field, en référence à la pierre de Tournai dont elle est extraite, rend à la perfection.

Carl Andre, "Belgica Blue Field", 1989

Carl Andre, "Belgica Blue Field", 1989

Consulter le catalogue de la vente d’art contemporain du 31 mai.



Maria Helena Vieira Da Silva, “Sonia”, 1975


Dans le catalogue de la vente d’art contemporain du 22 mars prochain, une oeuvre singulière et magnifique de Maria Helena Vieira Da Silva, l’un des plus grands peintres abstraits de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle était portugaise , mais a travaillé essentiellement en France, peignant des compositions aux couleurs raffinées, dans des schémas toujours très subtils et en même temps parfaitement construits, qui évoquent principalement des paysages urbains et des espaces intérieurs de façon très transposée.

Maria-Elena VIEIRA DA SILVA (1908-1990), Sonia, 1975

Maria-Elena VIEIRA DA SILVA (1908-1990), Sonia, 1975

 

 

 

 

Rien de tout cela ici, mais une peinture à la gouache avec du crayon sur un support de papier dans un petit format, de caractère totalement privé et même intime, puisqu’il s’agit d’une œuvre faite en 1975 par l’artiste pour être offerte à une autre artiste à l’occasion de ses 90 ans : Sonia Delaunay. La composition elle-même est fondée  sur les lettres S, O, N, I, A, plus ou moins tracées, plus ou moins déchiffrables,  S et O étant entrelacées. La couleur d’un bleu outremer profond avec une surface verte au centre est laissée partiellement en réserve, afin de voir se dessiner les lettres qui ont été tracées au crayon. Cette œuvre de Vieira Da Silva, faite spécialement pour la grande artiste Sonia Delaunay avec son prénom pour support  et qui est dédicacée « à Sonia », se place dans une suite de créations faites au XXe siècle en particulier dans l’art abstrait qui prennent l’alphabet comme forme pour leur composition, chez Paul Klee, Kurt Schwitters, Fernand Léger, Charles Demuth, Ellsworth Kelly, Bruce Nauman ou encore Helmut Federle. Une longue et prestigieuse lignée à laquelle appartient Vieira Da Silva.

Consulter le catalogue de la vente d’art contemporain du 22 mars.

 

 



Olivier Debré, “Norvège Brune Ottual”, 1978


Olivier Debré est l’un des peintres majeurs de l’art français de la deuxième moitié du XXe siècle. Apparenté au courant de l’abstraction lyrique, il se trouve plutôt dans la continuité de l’impressionnisme, sa peinture faite de grandes surfaces largement balayées, de recouvrements de couches et d’accents grumeleux évoquant de façon très visuelle des paysages, des atmosphères ou des sensations.

Olivier Debré, "NORVEGE BRUNE OTTUAL", 1978

Le tableau Norvège Brune Ottual, qui date de 1978, et qui sera mis en vente le 18 décembre prochain, est très caractéristique du style d’Olivier Debré, à l’opposé de celui qu’il a pratiqué dans les années 50 quand il était marqué par l’influence de Nicolas de Staël et de ses blocs de peinture. Ici tout est fluide et transparent, emporté dans un grand mouvement qui parcourt la surface de la toile de gauche à droite, de bas en haut, laissant derrière les gris apparaître des fonds plus colorés tandis que se trouvent quelques empâtements non écrasés. La gamme de couleurs - mais il s’agit presque d’une peinture monochrome - est très raffinée, jouant des nuances de gris à dominance chaude sur l’ensemble et de quelques taches plus vives à la périphérie. Un tableau réussi dans sa composition très équilibrée et sa facture parfaitement maîtrisée.

Consulter tout le catalogue de la vente d’art contemporain du 18/12/09

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