Jean-François Raffaëlli, La rentrée des chiffonniers


La rentrée des chiffonniers

Jean-François Raffaëlli (1850-1924)
La rentrée des chiffonniers

Jean-François Raffaëlli (1850-1924) a été un peintre remarquable de la deuxième moitié du 19e siècle dans le sillage du naturalisme comme le montre son tableau La rentrée des chiffonniers présenté au Salon de 1879. L’image s’impose par son sujet d’abord avec ses personnages lourdement chargés représentés seuls dans l’immensité d’un paysage de plaine, ensuite pas son réalisme presque brutal tellement il touche au fond et par la simplification des formes enfin. On est ici à l’opposé de la minutie d’un Gérôme, dont Raffaëlli a pourtant été l’élève, comme de la facture rapide et du caractère spontané des peintres impressionnistes avec lesquels il a exposé en 1880 et 1881.

Raffaëlli s’est fait le champion des scènes de genre à la ville et à la campagne, traitées de façon réaliste et comportant parfois une anecdote comme le montre le tableau du Musée d’Orsay Les invités attendant la noce, où la scène traitée de façon amusée et avec beaucoup de sympathie se trouve transformée par sa composition décentrée et son espace sans profondeur.

C’est ici tout le contraire avec La rentrée des chiffonniers, composé dans un format presque carré inhabituel : une bande de terre, un grand ciel, un chemin tournant, un horizon très lointain sur lesquels se détachent les silhouettes massives, simplifiées, synthétisées des trois personnages, accompagnés en contrepoint chacun par leur chien. Au loin, les usines verticales avec leurs fumées. Aucune narration, mais la réalité qui s’impose, aucune psychologie et des personnages sans visage reconnaissable. Aucune couleur mais une variation sur les terres et les gris. La représentation est directe, brutale, sans commentaire. Jean-François Raffaëlli se trouve avec ce tableau du côté de Jules Bastien-Lepage, la minutie en moins, et plus encore de Jean-François Millet par la monumentalité des figures et la force de l’évocation : c’est à L’Angélus que ce tableau fait penser, à L’homme à la houe ou encore à La terre d’Emile Zola, tant Jean-François Raffaëlli livre ici une vision épique de la société de son temps.

Cette œuvre sera vendue aux enchères le 26 mars prochain dans notre vente Tableaux et Dessins anciens et du 19e siècle, Sculptures du 19e siècle



Liuba et Ernesto Wolf : L’art de la collection


Vase Kandila en marbre, art des Cyclades, 3000-2800 AV.J.C.

Vase Kandila en marbre, art des Cyclades, 3000-2800 AV.J.C.

La collection d’Ernesto et Liuba Wolf a sans doute été l’une des plus importantes et surtout l’une des plus originales qui ait été rassemblée dans la deuxième moitié du 20e siècle. Elle a pour origine l’Amérique du Sud mais ses fondements sont en Europe. Elle a couvert plusieurs domaines réunis de façon très complète, mais, semble-t-il, sans rapport les uns avec les autres, puisqu’on y trouvait du verre, des verres depuis la Mésopotamie jusqu’à l’art baroque à la fin du XVIIIe siècle, des livres illustrés et des manuscrits enluminés du Moyen Age et de la Renaissance, de l’art africain représenté par un seul type d’objet, la cuiller, un petit groupe d’œuvres d’art du 20e siècle de Chagall à Poliakoff, des livres illustrés et des estampes du 20e siècle, de Toulouse-Lautrec à Picasso, de nombreux objets d’art provenant de l’Antiquité et du Moyen Age, ainsi que de l’art islamique ancien tel qu’il est célébré aujourd’hui au musée du Louvre.
On pourrait croire à un mélange très hétéroclite et sans cohérence aucune. En réalité pour plusieurs de ces ensembles, il s’agissait de collections complètes constituées de pièces rares et patiemment choisies pour leur qualité esthétique. Ainsi la collection consacrée au verre, une marque rare d’intérêt pour ce matériau fragile et solide, dur et transparent, a-t-elle été constituée de centaines de pièces de toutes les époques et de toutes les civilisations, principalement de l’Antiquité, du Moyen Age et de l’Islam, puis donné par Ernesto Wolf au Landesmuseum de Stuttgart. La collection de cuillers en provenance d’Afrique comporte de son côté 125 numéros. Les livres et manuscrits du Moyen Age au 20e siècle vont d’un Ars Moriendi illustré et édité à Cologne en 1479 au Jazz de Matisse édité à Paris par Tériade en 1947. La collection pour Ernesto Wolf constituait l’incarnation de l’excellence, elle était synonyme de la plus haute culture.

Livre d’heures à l’usage de Rouen, circa 1440

Livre d'heures à l'usage de Rouen, circa 1440

Ernesto Wolf était un industriel d’origine allemande, né en 1918 à Stuttgart. Venant d’Argentine où ses parents s’étaient réfugiés avant la guerre, fuyant leur pays dès 1932, il s’était établi au Brésil dans les années 50 où il rencontra son épouse Liuba (1923-2005), d’origine Bulgare, qui était sculpteur et avait été élevée par Germaine Richier à Paris. Ainsi à côté de ses activités professionnelles dans l’industrie du meuble et le commerce du coton, Ernesto Wolf fondera à São Paulo la galerie São Luis, qui soutiendra les artistes brésiliens. Les collections qu’il a réunies avec son épouse constituent la troisième partie de ses activités, sans doute pour lui la plus essentielle. Dans chacun des domaines qui vont être dispersés avec soin par la maison de vente Artcurial, la collection de verre étant à présent conservée dans un musée, retenons quelques exemples : ainsi une statuette en marbre provenant d’Anatolie, particulièrement « moderne » pour une sculpture datant de près de 5000 ans. La simplification des formes, la stylisation de la silhouette avec le mouvement des épaules et des hanches et surtout le traitement de la tête et son rapport au cou, le polissage de la surface, la netteté des lignes en font une œuvre exceptionnelle, comme l’est l’aquamanile du Moyen Age d’origine allemande, si lointain et si proche. Voyons le tableau de Georges Rouault, une œuvre de 1938-1939. Le sujet, une figure de clown, est très familier à l’artiste. Il est ici vu de profil. Le style si caractéristique de Rouault est représenté par ses couches épaisses de peinture, le traitement par blocs de l’ensemble et le clair-obscur qui renforce l’esprit dramatique contenu dans cette figure symbolique.

Serge Poliakoff (1900-1969) Composition, 1966

Serge Poliakoff (1900-1969)
Composition, 1966

Le tableau de Serge Poliakoff peint en 1966, évidemment abstrait, présente comme en écho quelques-uns de ces traits, notamment celui du clair-obscur. Parmi les très rares et précieux manuscrits enluminés figurant dans la collection de ce membre actif de l’Association Internationale de Bibliophilie se trouve un livre d’Heures en provenance de Rouen, très largement décoré de miniatures en pleine page, de vignettes et de marges ornées avec générosité selon le goût du milieu du XVe siècle. Certaines enluminures ont été réalisées à Rouen par le Maître de Talbot, dans les années 1440. D’autres, de Robert Boyvin, sont postérieures à la confection de ce livre et ont été rajoutées à l’ensemble en 1502, comme preuve supplémentaire du « prix » que son propriétaire de l’époque attachait à un ouvrage déjà somptueux.

Cuiller antropomorphe Dan, Côte d’Ivoire

Cuiller antropomorphe Dan, Côte d’Ivoire

L’art du livre illustré a franchi les siècles. L’un de ses sommets se trouve dans Jazz d’Henri Matisse, paru en 1947, où les formes colorées alliées au blanc de la feuille créent l’architecture de la page. Regardons enfin parmi des dizaines de modèles cette cuiller Fang du Gabon en bois sculpté. L’ustensile voit son manche travaillé en torsade ajourée et son extrémité ornée d’une tête stylisée. Dans ces objets utilitaires qui sont toujours traités de façon anthropomorphique, ici le corps de la figurine est-il constitué par le manche et le cuilleron. Le rapport est facile à trouver avec une autre cuiller de l’éthnie Dan de Côte d’Ivoire, où tout se trouve inversé : le manche est constitué d’un buste cylindrique étroit surmontant deux jambes réunies par le bassin, qui permettent à l’objet de tenir debout. C’est le cuilleron qui fait ici office de tête. L’imagination est sans fin.

L’art de la collection est aussi un acte de création. On le voit avec la collection d’Ernesto et Liuba Wolf, où, dans chacun de ses domaines, les œuvres réunies avec tant de science et de goût entrent en correspondance et se répondent.



Le “Christ en croix” de Charles Le Brun


Charles Le Brun a été l’un des grands peintres français du XVIIe siècle. Son nom est synonyme du siècle de Louis XIV et restera pour toujours lié à ceux de Le Vau et de Le Nôtre. Il a été le patron de toutes les grandes entreprises de l’époque, celle du château de Vaux, de l’hôtel Lambert à Paris, du château de Versailles, de la direction de la Manufacture des Gobelins, de la fondation de l’Académie royale de peinture. Il a été l’un des héritiers de Simon Vouet et considéré à l’égal de Nicolas Poussin. Il a peint de grands décors, à l’époque et pendant longtemps, considérés comme étant la « grande » peinture, la seule qui vaille, mais son œuvre de peintre de chevalet reste peu abondante, et moins connue et par conséquent moins appréciée, bien qu’elle compte beaucoup de chefs d’œuvre, tels que Hercule terrassant Diomède (Nottingham, Castle Museum and Art Gallery), La mort de Caton (Arras , Musée des Beaux-Arts, L’adoration des bergers, Paris , Musée du Louvre), son dernier et très émouvant tableau. Elle est d’autre part aujourd’hui rarissime.

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Le Christ en croix qui se trouve dans la vente de la collection Jacques Thuillier le 28 mars 2012 appartient à cette catégorie. Il est d’autant plus remarquable qu’il se situe dans les débuts de l’artiste, vers 1638-1639 à une date proche du célèbre Christ en croix qui a appartenu à Catherine II de Russie et se trouve aujourd’hui au Musée Pouchkine à Moscou.  Ce tableau a été à ce point célèbre que Charles Le Brun en a exécuté des variantes : une de celles-ci, peinte sur bois, se trouve au Musée départemental Georges de La Tour à Vic-sur-Seille. Il présente de profondes modifications en bas de la composition pour le paysage et l’introduction des personnages ainsi que le traitement des angelots dans le ciel, qui améliorent considérablement la vision d’ensemble de l’œuvre. Ce tableau a été gravé par François Poilly du vivant de Le Brun.

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Une autre version, celle-ci peinte sur toile, est de dimensions un peu plus grandes : elle présente peu de variantes par rapport à la précédente, et elle se trouve même de qualité supérieure quant à sa facture et à son raffinement coloré. L’existence de ces deux tableaux montre bien le succès rencontré par Le Brun à ses débuts et la demande importante à laquelle il était confronté. Il est extraordinaire que ces deux œuvres aient été retrouvées par Jacques Thuillier et qu’elles lui aient appartenu.

Jacques Thuillier, qui a été l’un des plus grands historiens de l’art de sa génération, est un spécialiste de l’art du XVIIe siècle. Il a notamment organisé en 1963 la première exposition rétrospective de Le Brun au château de Versailles ; son catalogue, écrit avec Jennifer Montaigu pour les dessins, est un modèle d’érudition et un ouvrage de référence.

le-brun-basLe tableau sur bois fait partie de la donation qu’il a effectuée avec son frère Guy Thuillier au musée de Vic-sur-Seille avec 79 autres peintures, lors de la création de ce musée destiné à abriter le Saint Jean Baptiste dans le désert de Georges de La Tour acquis par le département de la Moselle. Le tableau sur toile restait encore dans sa possession au moment de sa disparition. Il est proposé aujourd’hui aux enchères avec un ensemble d’oeuvres restant de sa collection.

Pour consulter le catalogue de la vente du 28 mars 2012 : cliquez ici.



Turpin de Crissé(1782 - 1859), Danseurs de tarentelle


Turpin de Crissé : un nom peu connu, difficile à retenir. C’est pourtant celui de l’un des meilleurs peintres de paysage du début du XIXe siècle. Lancelot- Théodore Turpin de Crissé, le comte Turpin de Crissé. Mais quand on pense au genre du paysage, à cette époque, le nom qui vient est celui de Corot, peintre si merveilleux et si populaire. Son nom et sa renommée ont occulté tous ceux qui l’ont précédé, qui ont été ses maîtres et ses contemporains jusqu’à ce qu’apparaisse et triomphe l’impressionnisme. Avant Corot, il y a Joseph Vernet et Hubert Robert. Il y a Bidauld, Bertin et surtout Valenciennes, de qui tout procède. Avant Corot, il y a Nicolas-Didier Boguet, à qui Stendhal a rendu visite à Rome et qui était considéré comme le nouveau Claude. Il y a aussi Girodet et Michallon. Avant Corot, il y a cet intérêt pour la nature, les vues de paysage et d’architecture pittoresques qui sont prises sur le motif par les artistes de tous les pays, dont le but est de se rendre à Rome, d’apprendre leur métier, de chercher l’inspiration et de trouver leur style. Le genre de la peinture de paysage prend vraiment naissance à cette époque et Turpin de Crissé en sera l’un des principaux représentants. Il voyage en Italie, il est très lié avec Girodet, de 15 ans son aîné. Il est royaliste, protégé de l’impératrice Joséphine et devient son conseiller artistique et son chambellan. Il se spécialise tout de suite dans le paysage et remporte une médaille d’or au Salon de 1806. Il peint des paysages historiques, des vues idéalisées, des sujets pris sur le motif, des scènes de naufrage, les éléments, l’eau, la terre, le ciel, et la lumière. Son dessin est précis, ses couleurs intenses, son exécution minutieuse, ses compositions très élaborées, sa lumière particulièrement bien étudiée.

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei

C’est ce que montre l’un des chefs d’œuvre du début de sa carrière, Vue prise à Terracine, un tableau signé et daté de 1813 qui a appartenu au grand peintre néoclassique Anne-Louis Girodet-Trioson, l’auteur d’Atala porté au tombeau et du Sommeil d’Endymion et qui a été conservé par les descendants de ses cousins jusqu’à aujourd’hui. Ce tableau, tout à fait caractéristique de la conception du paysage de Turpin de Crissé et de son époque, a d’ailleurs une histoire : d’abord présenté au Salon de 1814 où il a été remarqué, il semblerait qu’il aurait dû faire partie d’un échange avec Girodet que Turpin de Crissé admirait et à qui il aurait demandé qu’il exécute le portrait de son épouse. Ce que Girodet semble avoir accepté et n’accomplit jamais. Mais Turpin de Crissé lui avait envoyé son tableau que conserva Girodet. Après la mort de celui-ci en 1824, Turpin de Crissé se porta acquéreur de plusieurs dessins de Girodet, comme le relatent Richard Dagorne et Sidonie Lemeux-Fraitot dans leur excellent article sur les relations entre les deux hommes publié dans La revue des musées de France - Revue du Louvre (n° 3, 2011).

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei (détail)

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei (détail)

Turpin de Crissé pense sans doute avoir donné à Girodet son plus beau tableau, le plus achevé, le plus accompli. Souvenir de voyages en Italie, peint dans un grand format, il représente une vue d’un village du Latium situé au pied du Monte Circello sur la mer Tyrrhénienne et que l’artiste a souvent représenté. On y voit le château et ses remparts reliés par des tours, le village en contrebas sur le flanc de la colline, dominé par le campanile de l’église, la plaine qui descend vers la mer, où se distingue une île, l’horizon adouci par la brume, tandis que le massif rocheux du mont Circeo laisse voir ses falaises qui étaient autrefois confondues avec l’île de Circé, où Homère aurait choisi de situer l’épisode des compagnons d’Ulysse changés en cochons par la magicienne Circé. Au premier plan, après cette évocation de la légende, de la poésie et de l’Antiquité, le présent, montré par plusieurs groupes de personnages en costume de la province, réunis autour d’un couple de danseurs exécutant leurs pas au son d’une guitare.

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei (détail)

Turpin de Crissé, Danseurs de tarentelle près du promontoire de Circei (détail)

Le principal n’est pas là : il est dans la composition, dans la recomposition même, pourrait-on dire. Turpin de Crissé a recomposé la vue, l’a arrangée, l’a améliorée pour la rendre, à ses yeux et selon sa conception du beau, plus parfaite, plus idéale, plus noble. Des édifices ont été ajoutés, le château-fort a été modifié, comme la silhouette du village et l’importance donnée au massif rocheux. Turpin de Crissé utilise ici une vue étendue et dispose le paysage selon une succession de quatre plans clairement distingués et bien articulés, où la terre est proportionnellement plus importante que le ciel. Il privilégie l’ensemble sans négliger les détails, tous rendus avec une précision extrême. Il propose une vision, où l’homme avec ses ouvrages et la nature se trouvent en harmonie, sont réunis dans une même unité qui est donnée par la lumière. À l’instar de Claude, la lumière, ici celle du couchant, a été l’un des grands sujets de Turpin de Crissé, qui a su en rendre les effets aussi bien dans les détails que dans les lointains.

Représentant du classicisme, héritier de la tradition, novateur modéré, Turpin de Crissé a un style qui n’appartient qu’à lui, mais auquel on peut comparer celui de Nicolas- Antoine Taunay dans l’art de la construction et le fini de l’exécution. Son goût pour la lumière, son rendu des masses et des plans, son sens de l’articulation des volumes, il les conservera tout au long de sa carrière, comme en témoigne son tableau Vue de l’église Santa Maria dei Miracoli à Venise, peint en 1837 et conservé au musée de sa ville natale, Angers : un chef d’œuvre qui dit l’immensité de son art tout entier déjà présent dans cette vue de Terracine, qu’il avait choisi de donner à Girodet.

Ce tableau sera vendu dans le cadre de la vente de Tableaux anciens et du XIXè s., le 8 novembre prochain.



André Devambez “Vol durant la “Quinzaine d’Octobre”, 1909


André Devambez, né en 1867, décédé en 1944, n’est plus aujourd’hui très connu et c’est pourtant l’un des plus curieux peintres français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Il est représenté par exemple au Musée d’Orsay par deux chefs d’œuvre, La Charge, un tableau de 1902 et Concert Colonne de la même époque.

André Devambez (1867-1944) "La Charge 1902-1903"  Paris, musée d'Orsay © ADAGP, Paris - RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

André Devambez (1867-1944) "La Charge 1902-1903" Paris, musée d'Orsay © ADAGP, Paris - RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

A chaque fois, le point de vue, la composition, le traitement des formes, la couleur, l’attention portée à la lumière sont originaux et traduisent un style et une vision. Car André Devambez représente certes des scènes en plan très général, mais toujours vues en plongée et s’ingénie à disposer dans les cadres qu’il a définis des multitudes de personnages, tous individualisés mais représentés en groupes et peints comme des miniatures. La Charge, qui représente une charge de police contre des manifestants le soir sur un boulevard de Paris est à cet égard exemplaire, qui montre dans une composition tourbillonnante fondée sur des axes obliques une foule de personnages en mouvement, à la façon dont Albrecht Altdorfer avait peint La Bataille d’Alexandre dans son célèbre tableau du début du XVIe siècle aujourd’hui conservé à l’Alte Pinakothek de Munich. C‘est de la même façon qu’il faut voir et comprendre le tableau représentant une fête aérienne qui s’est tenue à Viry-Châtillon le 14 octobre 1909 et qui montre, au-dessus d’un nombreux public qui s’y trouve et du champ d’aviation, un avion, le Biplan Voisin n° 27, en train d’évoluer dans le ciel. La vue est plongeante, largement ouverte et divisée en trois zones. Celle du public, dense, colorée, celle du terrain, verte et entièrement dégagée; et puis le ciel avec ses nuages gris-bleutés sur lesquels se détache la silhouette de la machine en vol.

André Devambez Paris (1867 - 1943) "Vol durant la "Quinzaine d'Octobre"; Port-Aviation, 14 octobre 1909" Estimation 15 000 - 20 000 €

André Devambez Paris (1867 - 1943) "Vol durant la "Quinzaine d'Octobre"; Port-Aviation, 14 octobre 1909" Estimation 15 000 - 20 000 €

Magnifique reportage, scène d’actualité, aujourd’hui moment d’histoire, puisqu’il s’agit des débuts de l’aviation qu’André Devambez, le peintre classique, Grand Prix de Rome en 1890, a eu le premier l’audace de vouloir représenter dans la peinture.