Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe “Quanta ” - 1970


Désigné comme lampe, cet objet se présente plutôt comme un appareil décoratif muni d’un dispositif lumineux Il est tout à fait surprenant tant dans sa forme que dans son matériau et pour l’usage auquel il est destiné. Intitulée Quanta cette lampe a été dessinée par deux créateurs italiens, Fabrizio Cocchia et Gianfranco Fini, en 1970.

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " ,1970

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " ,1970

 

 

Elle est constituée d’un panneau de métal noir laqué, de format carré, de 93cm de côté, formant caisson, qui supporte des bâtonnets circulaires de 15 cm de long en métacrylate, au nombre de 144. Ces éléments régulièrement espacés sur toute la surface sont destinés à diffuser la lumière produite par la source lumineuse disposée à l’intérieur du support. La forme de l’objet, son aspect et l’effet qui en résulte changent la notion même de lampe pour en faire un appareil d’éclairage d’ambiance.

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " - 1970

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " - 1970

 

 

Avec cette lampe, ces deux créateurs se trouvent en parfaite concordance avec toutes les recherches faites en Europe dans les années 60, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, en Italie notamment avec les groupes N et T par les artistes du lumino-cinétisme, dont beaucoup ont à voir en même temps avec le mouvement de la Nouvelle Tendance : formes géométriques élémentaires, structures modulaires, répétition d’un même élément, composition systématique, effet optique, facture anonyme. L’étonnant avec Fabrizio Cocchia et Gianfranco Fini est qu’ils ont su tout de suite comprendre les idées des artistes de cette époque et les appliquer à la production d’objets pour la vie quotidienne. D’où la réussite de la lampe Quanta.

 

Consulter le catalogue de la vente de design du 14 juin. 


“Multimo”, 1969 par Pierre Paulin


Voici un ensemble exceptionnel de mobilier de Pierre Paulin (1927-2009) présent dans le catalogue de la vente “Intérieurs du XXès.” du 15 mars prochain, l’un des plus créateurs français dans le domaine du design des années 60. Il s’agit d’un canapé à deux places et d’une paire de fauteuils, dont les accoudoirs n’ont d’ailleurs pas les mêmes dimensions, qui ont été fabriqué en 1969, par la firme de mobilier néerlandaise Artifort. Ces trois pièces sont très caractéristiques de Pierre Paulin avec leurs formes pleines et tout en courbes, leur garniture, une mousse de polyester, et leur housse de jersey élastique de couleur vive unie moulante.

Pierre Paulin, Multimo, 1969. Edité par Artifort.

Pierre Paulin, Multimo, 1969. Edité par Artifort.

Ici les différentes parties du siège restent séparées, l’assise, le dossier et les accoudoirs, donnant leurs particularités à cet ensemble à l’allure rebondie dans une production commencée au début des années 60 dans cette veine. Pierre Paulin a d’abord été un designer très marqué par le fonctionnalisme à ses débuts dans les années 50, travaillant notamment pour la firme Thonet. Il est à ce moment dans la lignée de Charles Eames et ses créations sont fondées sur la légèreté des matériaux, la finesse du dessin et l’économie des formes.

Pierre Paulin, Bureau CM14, 1959. édité par Thonet

Pierre Paulin, Bureau CM14, 1959. édité par Thonet

Sans doute marqué par l’esthétique de la Womb Chair d’Eero Saarinen, créée en 1946 et éditée par Knoll, l’un des plus célèbres meubles américains, Pierre Paulin évolue vers les formes organiques, suivant en cela Saarinen lui-même qui dessine son fameux mobilier à piétement central au milieu des années 50 ( fauteuil, chaise et table Tulipe) de couleur banche avec les coussins de couleur, aux courbes tendues et à la silhouette totalement épurée.

Eero Saarinen, Womb Chair, 1948. Edité par Knoll

Eero Saarinen, Womb Chair, 1948. Edité par Knoll

Pierre Paulin adopte pour ses propres créations les formes pleines, fluides, continues, les lignes courbes, en même temps qu’il s’approprie les nouveaux matériaux apparus, dont le polyester et le jersey, qui lui permettent d’assurer leur continuité à ces mouvements et qui vont être produites par Artifort. La Chaise 577 de 1966 est un meuble bas, composé d’un seul élément tout en courbes et en obliques qui présente dans un mouvement continu et avec un profil en zigzag le dossier, l’assise et le pied avant. L’art de Pierre Paulin très novateur, parfois dérangeant, a été tout de suite reconnu et est devenu célèbre grâce aux commandes du musée du Louvre qui commençait sa rénovation, du Palais de l’Elysée sous Georges Pompidou pour les appartements privés du Président de la République, puis sous François Mitterrand et faites par l’intermédiaire du Mobilier national. Pierre Paulin a fait preuve d’une grande inventivité dans ce domaine depuis ses débuts dans les années 60 jusqu’à sa disparition récente après qu’une rétrospective de son œuvre avait été organisée par le Mobilier national en 2009 : il n’a eu de cesse d’expérimenter de nouvelles solutions et de multiplier les trouvailles dont cet ensemble, intitulé Multimo, est un des plus beaux exemples.



Chandigarh project II - Le Corbusier et Pierre Jeanneret


Chandigarh : un nom qui évoque tout de suite l’architecture moderne pour les spécialistes comme pour le public et qui a tout de l’épopée par son ampleur, sa durée, le pays où elle s’est déroulée et le prestige de ses protagonistes. Chandigarh est en effet cette ville construite aux Indes par Le Corbusier au début de la deuxième moitié du XXe siècle qui a été l’un des grands chantiers de l’architecture contemporaine avec l’édification, à la même époque, de la nouvelle capitale du Brésil, Brasilia, par Lucio Costa et Oscar Niemeyer. Chandigarh est la capitale de L’Etat du Pendjab, fondée en 1947 et pour laquelle le chef du gouvernement indien, le Pandit Nehru, fit lui-même appel en 1951 à Le Corbusier pour sa construction. Cette commande est intervenue à un moment très particulier de la carrière de Le Corbusier, alors qu’il n’avait été sollicité par aucune autorité pour s’occuper, après la deuxième guerre mondiale, des chantiers de la reconstruction en France et qu’il venait d’être écarté du projet de construction du siège de l’ONU à New York.

Maquette de la "Tour des Ombres"la "Tour des Ombres", Chandigarh

Le Corbusier va pleinement s’impliquer en Inde en signant le plan d’urbanisme de Chandigarh et les principaux bâtiments officiels entre 1951 et 1964 et en intervenant dans une autre ville du Pendjab, Ahmedabad, où il réalise plusieurs édifices très importants, le siège de l’Assocation des filateurs, l’un de ses chefs d’oeuvre, deux habitations particulières exceptionnelles, la maison Sarrabhai et la villa Shodan ainsi que le musée municipal. Mais Chandigarh sera son grand oeuvre, parce que, partant de rien, il a voulu tout créer dans une même vision unificatrice, mettant en rapport quartiers et édifices entre eux dans le schéma d’urbanisme où il applique sa règle des « 7 V » destinée à organiser les différents modes de circulation. Il collabore avec plusieurs architectes, dont son cousin Pierre Jeanneret, avec qui il s’associe de nouveau pour l’occasion, ainsi que des architectes indiens et de nombreux praticiens et exécutants comme Giani Rattan Singh. Il réalise lui-même les quatre grands édifices officiels sur la place du Capitole : le Palais de l’Assemblée, le Palais de justice  (Haute-Cour), le Secrétariat avec ses 250m de longueur et le Palais du Gouverneur, plus quelques autres bâtiments symboliques, comme la Tour des ombres, ou encore le Monument à la main ouverte.

"La main", matrice en teck pour l'impression du Béton, 1956

Avec ce gigantesque programme, il apporte la preuve de sa maîtrise des formes quand il s’exprime à l’échelle monumentale sans tomber dans l’emphase. Il confirme son exceptionnelle faculté à créer des espaces en pleine harmonie et montre sa parfaite assurance dans la conduite de la lumière à l’extérieur comme à l’intérieur des édifices. Il compte parmi ses chefs d’oeuvre avec ceux qu’il construit en France et aux Etats Unis: la chapelle de Ronchamp, le couvent de la Tourette à Eveux près de Lyon, le Carpenter Center for the Visual Arts à Boston , mais plus encore parce qu’ils sont mis en rapport dans un plan d’ensemble et qu’ils se trouvent en correspondance.

 Le Corbusier, détail d'un plan de bâtiment de Chandigarh

Le Corbusier sait affirmer le principal sans négliger le secondaire : tout est vu , tout est appréhendé, tout est dessiné. C’est ce que montrent les éléments qui font partie de cette vente, des bornes d’éclairage en béton aux plaques de regard de canalisation en fonte où se trouve représenté en relief le plan de Chandigarh. On trouve également utilisé son répertoire de formes, dans lequel figure le réverbère d’intérieur qu’il a disposé auparavant dans la Cité radieusede Marseille. On voit comment et avec quel soin du détail, grâce à ses cartons, il a dessiné la suite des tapisseries pour le Palais de justice. On découvre enfin comment sont faits les empreintes en creux et les graffitis dont il a parsemé ses édifices avec les moules et les matrices en bois sculpté qui ont servi à imprimer ces signes et ces images dans le béton frais. Ils ont été exécutés d’après les dessins de Le Corbusier par Giani Rattan Singh, qui avait le même rôle là-bas que Joseph Savina ici.

 

De nombreux meubles et objets de Pierre Jeanneret, qui ont été créés pour différents lieux de la ville nouvelle, comme cette table avec luminaire provenant de la bibliothèque de l’université du Pendjab, montrent l’attention portée par ces architectes au moindre détail dans l’unité du style et avec toute la sobriété qui le caractérise. Chandigarh est vraiment le témoignage de l’expression d’un idéal incarné dans la vie.

 

Vente Chandigarh Project II - Le Corbusier, Pierre Jeanneret

Mardi 16 février 2009 à 20h



Max Bill


Lot 203, Design Swiss Made, Vente le 16 juin 2009

Table « Quadratrundtisch », 1949

Table « Quadratrundtisch », 1949

Max Bill est l’un des artistes les plus importants du milieu de XXe siècle. Formé au Bauhaus de Dessau, peintre, sculpteur, architecte, typographe, designer, il est intervenu dans tous les domaines de la création, qu’il a marqués de son empreinte, comme le montrent par exemple les meubles – tables, chaises– et ustensiles – pendules, lampes, brosses – qu’il a créés et qu’on retrouve dans la vente Swiss Made. L’une de ses créations les plus réussies – et les plus fameuses – est une table de salle à manger en bois intitulée Quadratrundtisch, c’est-à-dire « table ronde au carré ». Elle date de 1949. Son plateau est circulaire, garni de linoleum noir, tel que l’a employé Alvar Aalto, le chant en bois clair, comme la figure du carré inscrit dans le cercle, dessinée sur le plateau, les lignes indiquant le système des rabats qui permettent de transformer cette table ronde en table carrée. Les rabats peuvent être laissés pendants ou escamotés en étant repliés sous le plateau afin de faciliter l’usage de la table. Les quatre pieds en bois traités en noir sont inclinés pour des raisons de praticabilité. La proportion de l’ensemble est parfaite, le dessin précis et rigoureux, les matériaux chaleureux, la fabrication sans reproche. Un chef d’œuvre de l’art du meuble du XXe siècle.
Max Bill, adepte de la « bonne forme » (Die gute Form), dont il a été l’un des théoriciens et l’un des plus ardents propagandistes, montre bien avec cette création réalisée pour le compte de la firme Wohnbedarf de Zurich, que cette recherche de la fonction reste indissociable de la recherche de la beauté.

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