Table de Jean Prouvé


La table sur laquelle Jean Bossu travaillait dans le bureau de son agence rue Vavin à Paris au milieu des années 1950 était de Jean Prouvé ainsi que sa chaise. Le choix de Jean Bossu, ancien collaborateur de l’atelier de la rue de Sèvres, atteste une fois de plus du milieu existant autour de Le Corbusier au sein duquel Charlotte Perriand et Jean Prouvé ont occupé, avec Pierre Jeanneret, une place centrale. Cette table est un exemple très caractéristique du mode de conception et de l’esthétique du mobilier de Jean Prouvé (1901-1984), aujourd’hui considéré comme l’un des créateurs les plus novateurs du 20e siècle dans ce domaine. Haute de 73 cm, elle est constituée d’un plateau en chêne massif mesurant 1,90 m de long pour 0, 93 m de large. Il repose sur 4 pieds en chêne qui ont pour particularité d’être inclinés, de présenter un profil fuselé s’amincissant vers le haut et vers le bas et d’être réunis entre eux par une armature tubulaire en métal laqué noir, formant tirant. Cette entretoise se termine de part et d’autre en Y dont l’extrémité de chacune des branches est munie de pattes venant enserrer le pied qu’elles tiennent au moyen de vis. La partie supérieure du pied est fixée au revers du plateau par des équerres.

Cette table traduit bien les conceptions de Jean Prouvé dans le domaine du mobilier comme dans ceux de l’architecture et de la construction industrielle. Elle est faite d’éléments standardisés et produits en série, pour un assemblage et un transport faciles. Elle est solide, pratique, fonctionnelle et bon marché. Elle est aussi très bien proportionnée et élégamment dessinée : son piétement profilé et incliné assure à l’ensemble une certaine légèreté, alors que les meubles de Jean Prouvé sont généralement statiques et ne recherchent pas la transparence.

Livrée semble-t-il en 1941, cette table fait partie du programme de « mobilier d’urgence », conçu et mis et fabrication pendant la guerre par Jean Prouvé. Elle servira de modèle aux meubles de même type qu’il fabriquera ensuite en série. Elle est déjà parfaitement caractéristique, avec sa réelle présence, ses formes et ses matériaux, de son style qui participera à l’esthétique des années 1950 en France. Les meubles de Jean Prouvé ainsi que ceux de Charlotte Perriand représenteront alors une alternative aux créations de la firme Knoll, directement issues du Bauhaus mais toujours très onéreuses, ou à celles du mobilier scandinave qui commence à conquérir le monde.

Standardisation, recherche du meilleur rapport entre le matériau et la forme, préfabrication, production industrielle sont les préoccupations essentielles des grands créateurs de mobilier du 20e siècle, le plus souvent architectes et qui se nomment Gerrit Rietveld, Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe, Alvar Aalto, Marcel Breuer, Mart Stam, Le Corbusier. Toutes les caractéristiques de leur production se trouvent cependant déjà exprimées au milieu du 19e siècle au cœur de l’empire austro-hongrois, à Vienne, par un ébéniste, inventeur et industriel autrichien du nom de Michael Thonet; en 1870, il met au point sa Chaise n°14 : fabriquée en série, en bois courbé et constituée de 6 éléments standardisés, 6 vis et 2 rondelles et un cannage ou plateau en bois contreplaqué, elle connaîtra un succès universel au point d’être toujours connue et reconnue aujourd’hui et utilisée.

 

Vente Design le 20 mai 2015

 



Charlotte Perriand
Bibliothèque de la Maison de la Tunisie


Charlotte Perriand est devenue au cours de la dernière décennie la créatrice de mobilier contemporain la plus célèbre dans le monde. Cette notoriété, qu’elle partage avec Jean Prouvé, elle la doit à son inventivité dans le domaine des formes, à sa maîtrise des techniques et des matériaux, enfin à la beauté de ses différentes réalisations. Elle a en effet créé quelques-uns des meubles qui, aujourd’hui, caractérisent le style du 20e siècle, la chaise longue basculante qu’elle conçoit en 1928 avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret dans l’atelier desquels elle travaille de 1927 à 1937, la table en forme avec ses variantes, éditée par la galerie Steph Simon et dont le premier modèle date de 1939, ainsi qu’une extraordinaire série de bibliothèques réalisées au début des années 1950 qui, à elles seules, font la synthèse de sa création toute entière, illustrent sa démarche de façon exemplaire et témoignent de la force joyeuse et tranquille de son style.

La Bibliothèque pour la Maison de la Tunisie proposée par Artcurial en est un parfait exemple. Elle date de 1952 et comme son titre l’indique, elle a été conçue pour la Maison de la Tunisie construite à Paris à la Cité universitaire par l’architecte Jean Sebag qui était né en 1909. On le sait, la Cité universitaire, composée de résidences pour étudiants est un des sites où se trouve concentré un très grand nombre de chefs d’oeuvre de l’architecture du 20e siècle, à commencer par l’extraordinaire Pavillon suisse de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, le Collège néerlandais de Willem Marinus Dudok, la Maison du Brésil de nouveau due à Le Corbusier avec Lucio Costa, la Maison de l’Iran de Claude Parent associé à deux architectes iraniens. Parmi ceux-ci la Maison de la Tunisie, importante construction, sévère dans son ordonnance et remarquablement agencée par Jean Sebag, qui avait été diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1942 et dont l’une des particularités était à l’époque d’avoir adhéré au Groupe Espace, comme d’autres architectes de sa génération tels que Jean Ginsberg, Bernard Zehrfuss, Rémy Le Caisne, Paul Herbé, aux côtés de Walter Gropius et Robert Le Ricolais.

Le Groupe Espace, issu du Salon des Réalités nouvelles, avait été créé en 1949 par le peintre Félix del Marle, puis dirigé à partir de 1952 par André Bloc : son objectif, qui était celui du Bauhaus et du Stijl, eux-mêmes dans la continuité du mouvement des Arts and Crafts et du Werkbund allemand, était de travailler à la synthèse entre les arts et de faire collaborer les peintres, les sculpteurs, les ensembliers et les architectes à la réalisation d’œuvres communes. De même que Bernard Zehrfuss par exemple construisant les usines Renault à Flins confie la polychromie de ses bâtiments à Félix del Marle précisément ou Jean Ginsberg la décoration de ses halls d’immeubles à Victor Vasarely, Jean Sebag charge Charlotte Perriand de l’aménagement des 40 chambres d’étudiants de la Maison de la Tunisie. C’est dans ce cadre qu’elle installe un meuble de rangement avec étagères sur le grand mur de la pièce selon le modèle de la bibliothèque à plots qu’elle a mis au point ; l’ensemble est constitué d’étagères en bois de sapin, de plots en tôle d’aluminium laqué et courbé en forme de U, servant d’entretoises et qui existent en 4 hauteurs, de portes coulissantes qui peuvent être de différents matériaux avec une poignée saillante sur toute la hauteur et de pièces de fixation (équerres, tiges filetées). L’assemblage des différents éléments fonctionne comme un jeu de construction. Le nombre d’étages, celui des espaces formant casiers dans lesquels peuvent s’insérer des tiroirs en forme de bacs sont donnés au gré des besoins, de la place disponible et de l’effet décoratif recherché.

Le modèle de la Maison de la Tunisie présente toutes ces caractéristiques. Il comporte 4 étagères de hauteur différente, des plots de couleur rouge, jaune ou noire, des portes coulissantes en aluminium à la surface gaufrée, de couleur blanche, jaune ou rouge. Le corps principal repose sur un long et large plateau en bois de pin massif, débordant à droite, ceinturé d’une cornière en métal vissée et peinte en vert, le tout reposant sur deux massifs en bois en forme de fuseau. Le plateau débordant tantôt à gauche, tantôt à droite comme ici, constitue l’une des particularités de ce meuble : il occupait ainsi toute la largeur disponible du mur. Son autre particularité tient à sa couleur. Dans le cadre du travail au sein du Groupe Espace, la polychromie en avait été demandée à des peintres de cette association tels que Sonia Delaunay et ici, Nicolas Schöffer. Si la première était célèbre, le second était alors au tout début de sa carrière qui devait le voir consacré quelques années plus tard comme l’un des maîtres de l’art cinétique. L’ensemble, par ses formes et ses couleurs, joue ici le rôle d’un tableau ou d’une sculpture murale et montre bien quel a été le souci d’intégration de ses auteurs. Sorti de son cadre, ce meuble affirme dans sa dissymétrie encore plus de présence et témoigne, en même temps que de son aspect fonctionnel et de sa fabrication standardisée dans les Ateliers de Jean Prouvé, de sa valeur éminemment plastique.

Charlotte Perriand en a donné deux variantes, l’une, la même année, pour la Maison du Mexique, autre remarquable construction, toujours à la Cité universitaire d’Antony dont elle avait aménagé les 77 chambres, et une autre, suspendue, intitulée Nuage, qui sera éditée par la galerie Steph Simon à Paris. Par leur conception, leur mode de production et leur aspect esthétique que l’on peut d’ailleurs rapprocher de l’étagère Storage Units créée à la fin des années 1940 aux Etats-Unis par Charles et Ray Eames, les bibliothèques de la Maison de la Tunisie ainsi que celles de la Maison du Mexique de Charlotte Perriand comptent à juste titre parmi les meubles aujourd’hui les plus célèbres de la deuxième moitié du 20e siècle.

 

Vente Design le 10 novembre 2014

 



Georges Candilis : meubles


Paire de chaises, 1969Des meubles de Georges Candilis ne sont pas une chose courante. Georges Candilis a été un architecte et urbaniste important, actif et reconnu de la deuxième moitié du 20e siècle en France à l’époque de la reconstruction et de la période des Trente Glorieuses qui a suivi. Son nom est associé à quelques-uns des ensembles emblématiques des années 1960, comme la Cité de Toulouse –Le Mirail qu’il réalise avec Alexis Josic et Shadrach Woods et qui restera comme un exemple de « Ville nouvelle » avec tout ce qu’elle comporte de générosité, d’utopie et d’échec.

Candilis, qui est né en 1913 et décédé en 1995, a fait ses études à l’École supérieure polytechnique d’Athènes. Venu à Paris après la guerre, il a d’abord été assistant d’André Lurçat, puis est entré en 1946 dans l’atelier de Le Corbusier où il a collaboré avec l’architecte américain Shadrach Woods à l’étude puis à la construction de l’Unité d’habitation de Marseille. Il travaille ensuite avec ce dernier au Maroc et en Algérie où il construit des logements collectifs. Il rentre en France en 1955 et s’associe avec Shadrach Woods et Alexis Josic pour répondre à la commande de gigantesques programmes de logements dans la région parisienne ainsi qu’à Bagnols-sur-Sèze dans le Midi. En 1961, il remporte le concours de ce qui est devenu le « Grand ensemble » de Toulouse-Le Mirail. Par la suite, Candilis sera appelé seul pour aménager le littoral du Languedoc aux côtés de Jean Balladur et de Jean Le Couteur. Il est l’architecte en chef des stations balnéaires de Port-Barcarès et de Port-Leucate dont il conçoit l’urbanisme et construit les différents édifices de 1964 à 1972.

Table basse et tabouret, 1969Pour la résidence Les Carats à Port- Leucate, il dessine un mobilier original avec la collaboration d’Anja Blomstedt, qui comprend des tables, des chaises et des tabourets. Ces meubles sont constitués d’éléments modulaires assemblés au moyen d’équerres, bien dans la lignée des théories de la standardisation en vigueur dans l’architecture fonctionnaliste et des principes d’économie qui la régissent. Trois exemples en sont ici proposés : une chaise, un tabouret, une table basse. Les éléments standardisés en bois qui composent les montants et traverses de la chaise et du tabouret, l’assise de la chaise et le plateau de la table sont assemblés à angle droit au moyen d’équerres en fonte d’aluminium de façon à laisser les chants apparents. La forme très sommaire, voire brutale, qui en résulte évoque directement les créations exemplaires de Gerrit Rietveld dans le domaine du mobilier. On notera pour l’anecdote que Candilis a été un grand collectionneur de mobilier en bois courbé.

Vente Design le 19 Mai 2014



Affiche de Carl Bernhard Graf


Architektur in Finnland, 1957

Architektur in Finnland, 1957

Dans la vente du 26 novembre consacrée au Design, c’est-à-dire aux arts appliqués de la seconde moitié du 20e siècle jusqu’à aujourd’hui, figurent pour la première fois des affiches. L’affiche est cette œuvre composée d’une image et d’inscriptions destinées à illustrer une manifestation, à présenter des activités commerciales ou de loisir ou encore un produit manufacturé, conçue pour être placardée sur un mur dans l’espace public, qui est apparue en temps que création artistique à la fin du 19e siècle. Elle a tout de suite été le domaine des meilleurs artistes, Henri de Toulouse Lautrec en France, les Beggarstaff au Royaume-Uni. L’art de l’affiche s’est ensuite développé rapidement partout en Europe autour de 1900, à Glasgow, à Vienne, à Berlin et Munich, à Paris, pour être dominé dans les années 1930 par la figure de Cassandre. Dans ce vaste mouvement, les artistes constructivistes russes, le Bauhaus, les Néerlandais ont joué dans les années 1920 un rôle primordial pour contribuer à définir la nature des principes de l’affiche et lui assurer son rang au sein des différentes formes d’expression qui constituent les arts plastiques.

Dans cette histoire qui couvre le 20e siècle et se confond à lui tant l’affiche a été à la fois le reflet et l’expression de l’époque de sa création, et sur tous les plans, politique, économique, social et culturel, la Suisse s’est trouvée très vite aux premières places par la qualité de ses créateurs, la plupart de grands artistes, animés de la même mentalité et partageant les mêmes convictions, l’engagement de ses commanditaires et un accompagnement déterminant dans la société, le format des affiches ayant été normalisé et des emplacements prévus pour les recevoir installés dans toutes les villes et les campagnes. Le principal foyer de création se trouvait à Zurich, la majeure partie de ses acteurs étant issus de la prestigieuse Kunstgewerbeschule (école des arts et métiers) de la ville. C’est le cas de Carl Bernhard Graf (1926-1968), dont 3 affiches sont présentées ici : Architektur in Finnland de 1957 pour le Kunstgewerbemuseum de Zurich, Esthétique industrielle en France pour la même institution et Architecture en France pour le Helmhaus de Zurich, conçues en 1962 pour des expositions qui se suivront en 1963.

L’affiche Architektur in Finnland, remarquable par sa sobriété et sa stylisation, correspondant aux normes DIN et mesurant 128 x 90 cm, est très caractéristique de l’art de l’affiche suisse alors à son sommet. Elle a été réalisée à la demande du Kunstgewerbemuseum de Zurich, le musée attenant à la Kunstgewerbeschule, pour une exposition portant sur l’architecture finlandaise contemporaine. Il faut ici prendre en compte tous ces éléments : le commanditaire, la date- 1957-, le sujet de l’exposition, l’auteur de l’affiche, l’œuvre réalisée, et les comparer avec la situation en France par exemple pour mesurer quelle est à ce moment la position exceptionnelle de la Suisse.

L’œuvre de Carl Bernhard Graf se distingue par la stylisation extrême de tous ses composants: simplification du motif, choix du noir et blanc, usage de la typographie. Le sujet de l’exposition, l’architecture, est représenté par un aplat noir se découpant sur un fond blanc qui évoque la silhouette d’un bâtiment typique d’Alvar Aalto, reconnaissable à la découpe du toit. La composition répartit les noirs au centre, les blancs à l’extérieur, en haut, à droite, en bas, les trois filets blancs horizontaux dans le noir étant dessinés en réserve. Les inscriptions sont simplifiées à l’extrême, réparties entre le titre de la manifestation composées (certainement en Akzidenz Grotesk étroit) en bas de casse, avec le corps en bleu disposé dans un bandeau et les informations pratiques contenues dans un cartouche composées en Helvetica avec les capitales, appuyées à gauche et alignées sur la ligne verticale du début du titre. Une merveille de conception, de mise en œuvre, d’équilibre et de simplicité pour cette création se trouvant dans la collection d’affiches du Museum of Modern Art à New York.

Consulter le catalogue de la vente >



Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe “Quanta ” - 1970


Désigné comme lampe, cet objet se présente plutôt comme un appareil décoratif muni d’un dispositif lumineux Il est tout à fait surprenant tant dans sa forme que dans son matériau et pour l’usage auquel il est destiné. Intitulée Quanta cette lampe a été dessinée par deux créateurs italiens, Fabrizio Cocchia et Gianfranco Fini, en 1970.

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " ,1970

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " ,1970

 

 

Elle est constituée d’un panneau de métal noir laqué, de format carré, de 93cm de côté, formant caisson, qui supporte des bâtonnets circulaires de 15 cm de long en métacrylate, au nombre de 144. Ces éléments régulièrement espacés sur toute la surface sont destinés à diffuser la lumière produite par la source lumineuse disposée à l’intérieur du support. La forme de l’objet, son aspect et l’effet qui en résulte changent la notion même de lampe pour en faire un appareil d’éclairage d’ambiance.

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " - 1970

Fabrizzio COCCHIA & Gianfranco FINI, Lampe "Quanta " - 1970

 

 

Avec cette lampe, ces deux créateurs se trouvent en parfaite concordance avec toutes les recherches faites en Europe dans les années 60, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, en Italie notamment avec les groupes N et T par les artistes du lumino-cinétisme, dont beaucoup ont à voir en même temps avec le mouvement de la Nouvelle Tendance : formes géométriques élémentaires, structures modulaires, répétition d’un même élément, composition systématique, effet optique, facture anonyme. L’étonnant avec Fabrizio Cocchia et Gianfranco Fini est qu’ils ont su tout de suite comprendre les idées des artistes de cette époque et les appliquer à la production d’objets pour la vie quotidienne. D’où la réussite de la lampe Quanta.

 

Consulter le catalogue de la vente de design du 14 juin. 


“Multimo”, 1969 par Pierre Paulin


Voici un ensemble exceptionnel de mobilier de Pierre Paulin (1927-2009) présent dans le catalogue de la vente “Intérieurs du XXès.” du 15 mars prochain, l’un des plus créateurs français dans le domaine du design des années 60. Il s’agit d’un canapé à deux places et d’une paire de fauteuils, dont les accoudoirs n’ont d’ailleurs pas les mêmes dimensions, qui ont été fabriqué en 1969, par la firme de mobilier néerlandaise Artifort. Ces trois pièces sont très caractéristiques de Pierre Paulin avec leurs formes pleines et tout en courbes, leur garniture, une mousse de polyester, et leur housse de jersey élastique de couleur vive unie moulante.

Pierre Paulin, Multimo, 1969. Edité par Artifort.

Pierre Paulin, Multimo, 1969. Edité par Artifort.

Ici les différentes parties du siège restent séparées, l’assise, le dossier et les accoudoirs, donnant leurs particularités à cet ensemble à l’allure rebondie dans une production commencée au début des années 60 dans cette veine. Pierre Paulin a d’abord été un designer très marqué par le fonctionnalisme à ses débuts dans les années 50, travaillant notamment pour la firme Thonet. Il est à ce moment dans la lignée de Charles Eames et ses créations sont fondées sur la légèreté des matériaux, la finesse du dessin et l’économie des formes.

Pierre Paulin, Bureau CM14, 1959. édité par Thonet

Pierre Paulin, Bureau CM14, 1959. édité par Thonet

Sans doute marqué par l’esthétique de la Womb Chair d’Eero Saarinen, créée en 1946 et éditée par Knoll, l’un des plus célèbres meubles américains, Pierre Paulin évolue vers les formes organiques, suivant en cela Saarinen lui-même qui dessine son fameux mobilier à piétement central au milieu des années 50 ( fauteuil, chaise et table Tulipe) de couleur banche avec les coussins de couleur, aux courbes tendues et à la silhouette totalement épurée.

Eero Saarinen, Womb Chair, 1948. Edité par Knoll

Eero Saarinen, Womb Chair, 1948. Edité par Knoll

Pierre Paulin adopte pour ses propres créations les formes pleines, fluides, continues, les lignes courbes, en même temps qu’il s’approprie les nouveaux matériaux apparus, dont le polyester et le jersey, qui lui permettent d’assurer leur continuité à ces mouvements et qui vont être produites par Artifort. La Chaise 577 de 1966 est un meuble bas, composé d’un seul élément tout en courbes et en obliques qui présente dans un mouvement continu et avec un profil en zigzag le dossier, l’assise et le pied avant. L’art de Pierre Paulin très novateur, parfois dérangeant, a été tout de suite reconnu et est devenu célèbre grâce aux commandes du musée du Louvre qui commençait sa rénovation, du Palais de l’Elysée sous Georges Pompidou pour les appartements privés du Président de la République, puis sous François Mitterrand et faites par l’intermédiaire du Mobilier national. Pierre Paulin a fait preuve d’une grande inventivité dans ce domaine depuis ses débuts dans les années 60 jusqu’à sa disparition récente après qu’une rétrospective de son œuvre avait été organisée par le Mobilier national en 2009 : il n’a eu de cesse d’expérimenter de nouvelles solutions et de multiplier les trouvailles dont cet ensemble, intitulé Multimo, est un des plus beaux exemples.



Chandigarh project II - Le Corbusier et Pierre Jeanneret


Chandigarh : un nom qui évoque tout de suite l’architecture moderne pour les spécialistes comme pour le public et qui a tout de l’épopée par son ampleur, sa durée, le pays où elle s’est déroulée et le prestige de ses protagonistes. Chandigarh est en effet cette ville construite aux Indes par Le Corbusier au début de la deuxième moitié du XXe siècle qui a été l’un des grands chantiers de l’architecture contemporaine avec l’édification, à la même époque, de la nouvelle capitale du Brésil, Brasilia, par Lucio Costa et Oscar Niemeyer. Chandigarh est la capitale de L’Etat du Pendjab, fondée en 1947 et pour laquelle le chef du gouvernement indien, le Pandit Nehru, fit lui-même appel en 1951 à Le Corbusier pour sa construction. Cette commande est intervenue à un moment très particulier de la carrière de Le Corbusier, alors qu’il n’avait été sollicité par aucune autorité pour s’occuper, après la deuxième guerre mondiale, des chantiers de la reconstruction en France et qu’il venait d’être écarté du projet de construction du siège de l’ONU à New York.

Maquette de la "Tour des Ombres"la "Tour des Ombres", Chandigarh

Le Corbusier va pleinement s’impliquer en Inde en signant le plan d’urbanisme de Chandigarh et les principaux bâtiments officiels entre 1951 et 1964 et en intervenant dans une autre ville du Pendjab, Ahmedabad, où il réalise plusieurs édifices très importants, le siège de l’Assocation des filateurs, l’un de ses chefs d’oeuvre, deux habitations particulières exceptionnelles, la maison Sarrabhai et la villa Shodan ainsi que le musée municipal. Mais Chandigarh sera son grand oeuvre, parce que, partant de rien, il a voulu tout créer dans une même vision unificatrice, mettant en rapport quartiers et édifices entre eux dans le schéma d’urbanisme où il applique sa règle des « 7 V » destinée à organiser les différents modes de circulation. Il collabore avec plusieurs architectes, dont son cousin Pierre Jeanneret, avec qui il s’associe de nouveau pour l’occasion, ainsi que des architectes indiens et de nombreux praticiens et exécutants comme Giani Rattan Singh. Il réalise lui-même les quatre grands édifices officiels sur la place du Capitole : le Palais de l’Assemblée, le Palais de justice  (Haute-Cour), le Secrétariat avec ses 250m de longueur et le Palais du Gouverneur, plus quelques autres bâtiments symboliques, comme la Tour des ombres, ou encore le Monument à la main ouverte.

"La main", matrice en teck pour l'impression du Béton, 1956

Avec ce gigantesque programme, il apporte la preuve de sa maîtrise des formes quand il s’exprime à l’échelle monumentale sans tomber dans l’emphase. Il confirme son exceptionnelle faculté à créer des espaces en pleine harmonie et montre sa parfaite assurance dans la conduite de la lumière à l’extérieur comme à l’intérieur des édifices. Il compte parmi ses chefs d’oeuvre avec ceux qu’il construit en France et aux Etats Unis: la chapelle de Ronchamp, le couvent de la Tourette à Eveux près de Lyon, le Carpenter Center for the Visual Arts à Boston , mais plus encore parce qu’ils sont mis en rapport dans un plan d’ensemble et qu’ils se trouvent en correspondance.

 Le Corbusier, détail d'un plan de bâtiment de Chandigarh

Le Corbusier sait affirmer le principal sans négliger le secondaire : tout est vu , tout est appréhendé, tout est dessiné. C’est ce que montrent les éléments qui font partie de cette vente, des bornes d’éclairage en béton aux plaques de regard de canalisation en fonte où se trouve représenté en relief le plan de Chandigarh. On trouve également utilisé son répertoire de formes, dans lequel figure le réverbère d’intérieur qu’il a disposé auparavant dans la Cité radieusede Marseille. On voit comment et avec quel soin du détail, grâce à ses cartons, il a dessiné la suite des tapisseries pour le Palais de justice. On découvre enfin comment sont faits les empreintes en creux et les graffitis dont il a parsemé ses édifices avec les moules et les matrices en bois sculpté qui ont servi à imprimer ces signes et ces images dans le béton frais. Ils ont été exécutés d’après les dessins de Le Corbusier par Giani Rattan Singh, qui avait le même rôle là-bas que Joseph Savina ici.

 

De nombreux meubles et objets de Pierre Jeanneret, qui ont été créés pour différents lieux de la ville nouvelle, comme cette table avec luminaire provenant de la bibliothèque de l’université du Pendjab, montrent l’attention portée par ces architectes au moindre détail dans l’unité du style et avec toute la sobriété qui le caractérise. Chandigarh est vraiment le témoignage de l’expression d’un idéal incarné dans la vie.

 

Vente Chandigarh Project II - Le Corbusier, Pierre Jeanneret

Mardi 16 février 2009 à 20h



Max Bill


Lot 203, Design Swiss Made, Vente le 16 juin 2009

Table « Quadratrundtisch », 1949

Table « Quadratrundtisch », 1949

Max Bill est l’un des artistes les plus importants du milieu de XXe siècle. Formé au Bauhaus de Dessau, peintre, sculpteur, architecte, typographe, designer, il est intervenu dans tous les domaines de la création, qu’il a marqués de son empreinte, comme le montrent par exemple les meubles – tables, chaises– et ustensiles – pendules, lampes, brosses – qu’il a créés et qu’on retrouve dans la vente Swiss Made. L’une de ses créations les plus réussies – et les plus fameuses – est une table de salle à manger en bois intitulée Quadratrundtisch, c’est-à-dire « table ronde au carré ». Elle date de 1949. Son plateau est circulaire, garni de linoleum noir, tel que l’a employé Alvar Aalto, le chant en bois clair, comme la figure du carré inscrit dans le cercle, dessinée sur le plateau, les lignes indiquant le système des rabats qui permettent de transformer cette table ronde en table carrée. Les rabats peuvent être laissés pendants ou escamotés en étant repliés sous le plateau afin de faciliter l’usage de la table. Les quatre pieds en bois traités en noir sont inclinés pour des raisons de praticabilité. La proportion de l’ensemble est parfaite, le dessin précis et rigoureux, les matériaux chaleureux, la fabrication sans reproche. Un chef d’œuvre de l’art du meuble du XXe siècle.
Max Bill, adepte de la « bonne forme » (Die gute Form), dont il a été l’un des théoriciens et l’un des plus ardents propagandistes, montre bien avec cette création réalisée pour le compte de la firme Wohnbedarf de Zurich, que cette recherche de la fonction reste indissociable de la recherche de la beauté.

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