Nicolas de Staël : Nature morte au poêlon blanc


Nicolas de Staël (1914-1955) Nature morte au poêlon blanc, 1955 Huile sur toile Signée en bas à droite "Staël" 60 x 81 cm  Estimations : Sur demande

Nicolas de Staël (1914-1955)
Nature morte au poêlon blanc, 1955
Huile sur toile
60 x 81 cm
Estimation : Sur demande

Le tableau Nature morte au poêlon blanc a été peint par Nicolas de Staël en 1955, l’année où il décida d’en finir avec sa vie. Jusqu’en 1952, Nicolas de Staël a été un peintre abstrait. Il a alors retrouvé le chemin de l’art figuratif sans rien renier de son œuvre antérieur. Cette orientation va lui permettre de s’approprier à nouveau les genres, le paysage, la nature morte, la figure, les scènes composées à plusieurs personnages tels qu’un orchestre de jazz ou encore des joueurs de football sur la pelouse d’un stade.

Dès 1952 viennent des natures mortes composées de bouteilles ou de pommes, des paysages avec des ciels chargés et puis cette suite montrant des footballeurs en action, dans laquelle l’artiste a traduit la force, le mouvement, le rythme et dont il transforme le spectacle en épopée. Sans rien décrire : Nicolas de Staël est figuratif, il n’est pas réaliste. Il ne raconte pas, il exprime. Il élimine les détails pour mieux synthétiser les formes. Et emporte le tout dans un débordement de couleurs et de touches parfaitement maîtrisé. On voit surgir quelques nus, comme celui, debout, de 1954, animé d’une fente incandescente en son milieu ou celui, couché, de la même année, vendu par Artcurial à Paris en 2011, tout en blocs puissants et silencieux. Nicolas de Staël s’attache à représenter des paysages de Sicile, de l’Île-de-France, de Provence, d’Antibes, ainsi que des intérieurs, des coins d’atelier et des natures mortes, qui constituent ses sujets de prédilection : les surfaces colorées vont se montrer au fur et à mesure moins morcelées, les compositions simplifiées, la gamme colorée plus resserrée, la matière plus légère et la facture plus fluide, comme le montrent ses tableaux La route d’Uzès ou encore Les Martigues de 1954.

Nature morte au poêlon blanc qui est présentée ici par Artcurial en est un magnifique exemple. D’un beau format, 60 centimètres de hauteur pour 81 centimètres de largeur, il fait partie d’un ensemble d’œuvres réalisées par l’artiste sur le thème de l’atelier et de la nature morte en 1954 et 1955, dont témoignent par exemple : Coin d’atelier fond bleu au puissant clair-obscur ou encore L’Etagère inondée de lumière blanche. Le sujet est ramené à sa plus simple expression : un poêlon au centre, deux fruits – des abricots, des citrons ? – à gauche, posés sur une table, au-dessus une bouteille couchée sans doute placée sur une étagère. Aucun repère ni profondeur, un dessin sommaire pour chacun des éléments. L’essentiel est ailleurs : dans la composition, l’expression colorée et la facture. La composition est strictement installée dans le plan : elle est principalement constituée de trois registres horizontaux parallèles coupés par des divisions verticales secondaires. Cette structure très affirmée et statique permet d’installer les trois motifs de la nature morte avec précision dans l’espace. Pour les couleurs l’artiste a retenu une gamme de rouges, d’orangés et d’ombres et quelques teintes froides pour le traitement des reflets de la bouteille, des fruits et de la lumière sur le motif central. Ces couleurs sont réparties de façon rigoureuse. Aucune improvisation dans cet arrangement, mais au contraire un calcul destiné à trouver l’équilibre et à assurer toute la plénitude de sa diffusion à cet ensemble rougeoyant.

Il y a enfin la facture, plus légère à partir de 1954, plus fluide, plus ample, et qui change la vision de ses paysages, tel que Le Pont Saint-Michel la nuit de 1954, de ses intérieurs dont Atelier à Antibes de 1955 est un exemple, de ses natures mortes comme Le Bocal de la même année. La couleur y est largement brossée, la matière maigre, les zones bien délimitées, les aplats francs, avec quelques passages pour assurer la continuité et introduire un certain mouvement entre les plans colorés. À la juxtaposition des blocs employés au début des années 1950, Nicolas de Staël a substitué la circulation entre les différents secteurs de la composition.

On aura retenu qu’il n’y a dans ce tableau aucune description, aucun détail, aucune restitution d’une quelconque réalité, aucune histoire, à peine un sujet évoqué, mais une composition magistralement orchestrée accompagnant, soutenant, exprimant une énergique et subtile symphonie en rouge.

 

Vente Post-War & Contemporain 1 le 6 juin 2016